Replongez dans l’onde de choc de février 2021. De Guetta à Aoki, les plus grands artistes réagissaient à l’annonce d’Epilogue. Archive du n°28.
Le 22 février 2021, à 14h22, le temps s’est brusquement suspendu sur la planète électronique. En huit minutes d’une vidéo sobrement intitulée Epilogue, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo mettaient fin à vingt-huit ans d’une hégémonie sans partage sur la pop culture mondiale. Cinq ans après ce séisme, le vide laissé par les robots n’a jamais été comblé, mais l’émotion de cette rupture reste gravée dans les archives de notre magazine. À l’époque, pour notre numéro 28, nous avions recueilli les réactions à vif des acteurs majeurs de la scène, de ceux qui ont vu naître le mythe à ceux qu’il a enfantés. De la tristesse profonde de Pedro Winter à l’admiration technique de Boys Noize, ces témoignages ne sont pas seulement des adieux : ils constituent le premier manifeste de l’héritage éternel des Daft Punk.
Pedro Winter
« Les Daft Punk font battre mon cœur depuis 1995. Je leur ai donné 12 ans de ma vie, ils m’ont donné de l’énergie pour la vie entière. Je leur dois tellement. Cela va au-delà de la musique, c’est plus que personnel ; leur histoire est unique, universelle désormais, elle est à vous comme à moi. J’ai travaillé avec Thomas et Guy-Man pendant 12 ans, les meilleures années. C’était un autre temps, une autre dimension appelée les années 90, nous avions la vingtaine. C’est un honneur et une responsabilité de porter un héritage aussi puissant, ce n’est pas toujours simple pour être honnête. J’avais beaucoup à prouver… Ed Banger fut ma réponse. C’est fou de voir que même douze ans après, je doive toujours répondre à toutes ces demandes concernant le groupe le plus puissant de notre génération. Hier fut une journée éprouvante, je n’étais pas sûr de réagir. En vérité, j’étais triste. J’ai adoré être de nouveau un fan, voir les Daft Punk gagner des Grammys, devenir pères, faiseurs de tubes, entrepreneurs, continuer à être des génies… »
David Guetta
« Quand je vous ai emmenés à Ibiza en 1997, je distribuais les flyers moi-même sur la plage en passant »Around the World » sur un ghetto-blaster, collant des affiches sur chaque mur de la ville. Les gens ne connaissaient pas encore les Daft Punk, mais tout le monde connaissait la musique. J’étais fier, pour la première fois, d’être un DJ français. Merci pour toute cette musique incroyable, pour l’inspiration qu’elle m’a donnée et pour votre gentillesse. À part vous, je n’ai pas eu d’idoles dans ma vie, mais je n’ai pas honte de dire que j’étais un fan et je me sens privilégié d’avoir pu vous voir grandir dès le début. S’il vous plaît, allez tous écouter Homework, c’est mon album préféré avec Thriller de Michael Jackson. À chaque fois que je fais un album, je prends ces deux-là en référence. »
Tony Romera
« Daft Punk fut la première musique électronique que j’écoutais enfant. Ils ont toujours été mon groupe préféré, ma plus grande inspiration, et le seront toujours. Je suis triste aujourd’hui ; ma vie n’aurait pas été la même s’ils n’avaient pas existé. Respect et merci Thomas et Guy-Man. »
Jean-Michel Jarre
« Daft Punk, the end : éternels, émouvants, élégants comme vous. Merci Thomas et Guy-Manuel. »
Steve Aoki
« Ça me brise le cœur d’apprendre que mon groupe de musique électronique préféré de tous les temps se sépare. J’ai écrit à leur sujet dans mes mémoires, Blue, sur la manière dont ils m’ont à eux seuls donné l’envie de faire des shows mémorables. Je les ai vus lors de leur légendaire Alive Tour en 2007, à Coachella. Je peux encore sentir mes poils se dresser en entendant : « Television Rules The Nation… Around The World world world« . J’écoute toujours cet album live quand je veux me sentir vivant, sans déconner. Ils ont littéralement changé ma vision des musiques électroniques, ce qu’elles représentent pour moi et me font ressentir, et ont nourri mon processus créatif comme aucun autre artiste auparavant. Ils viennent vraiment d’un autre univers. Une autre espèce, d’une autre planète, qui nous a bénis avec tout ce qu’elle nous a offert. Je suis triste et j’espérais vraiment leur retour. Daft Punk, vous m’avez donné la plus belle expérience musicale de ma vie, qui bat toujours dans mes veines en me rappelant pourquoi j’aime ce que je fais et de quelle communauté je fais partie. Merci de toute mon âme d’avoir existé. Maintenant, jouons du Daft Punk, tout le temps ! »
Boys Noize
« Le premier album de musique électronique que j’ai jamais acheté était le premier des Daft Punk, Homework, en 1997. Le son »minimal maximal » était parfait et la production était révolutionnaire. Je collectionnais déjà les premières sorties de Roulé (le label de Thomas) et de Crydamoure (celui de Guy-Manuel) et, pour être honnête, les »Trax On Da Rocks Pt. 1 & 2 » de Thomas Bangalter contiennent les meilleurs titres techno/house — dépouillés mais purs et tellement fun ! Les producteurs ne trouvaient pas comment les Daft Punk créaient leur son, le bon niveau de compression… parce que, aussi, ces disques de Roulé étaient putain de puissants. J’ai appris plus tard que Nilesh Patel (RIP) de The Exchange, à Londres, a masterisé tous les titres. Bien sûr, je me devais de lui demander de faire le master de mon premier album, Oi Oi Oi. Quand ils ont sorti »One More Time » en 2001, j’ai été tellement déçu au début ! Pourquoi utilisaient-ils de l’Auto-Tune sur la voix de Romanthony juste après qu’Eiffel 65 et Cher soient passés à la radio ? Qui aurait cru que cet effet vocal deviendrait le plus utilisé de tous ? Des jours plus tard, j’ai entendu le titre en club et, putain, il sonnait si bien. Ensuite Discovery est sorti, et il ne contenait que des bangers ! Et puis l’histoire de leur mutation en robots, les animations, l’esthétique mystique… Tout cela m’a obsédé. Même si les Daft Punk devenaient mainstream, ils restaient toujours aussi cool — un challenge impossible, et je les admirais d’y arriver. Quand YouTube a commencé à poindre, j’ai trouvé une vieille vidéo d’eux jouant dans le Wisconsin. C’est l’une de mes vidéos préférées d’Internet et, pour moi, la meilleure fête de tous les temps. »
Michael Canitrot
« Ils ne sont pas réellement morts, mais nous pleurons quand même. Rien n’est rationnel avec les Daft. C’était bien plus qu’un simple groupe, leur musique est éternelle, elle fait partie de notre chair, de notre sang… à jamais. »
Cézaire (fondateur du label Roche Musique)
« Ah Daft Punk… on espère tous que l’annonce de cette séparation est une cascade marketing, vous qui maîtrisez tellement votre image et votre communication. On va sûrement devoir se faire une raison. Les Daft Punk ont érigé les standards de ce que nous défendons chez Roche Musique : une French Touch qui brille à l’étranger. Au-delà des influences sur notre musique, les deux robots sont une part de notre enfance et ont eu un impact indéniable sur notre développement en tant que producteurs et label. Merci les mecs, et espérons que ce ne soit qu’un feu de paille. »












