Daft Punk.
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DOSSIER. Daft Punk : les confidences de leurs biographes

Publié le 27 février 2026

De Coachella à l’explosion finale, plongée dans la mythologie Daft Punk avec les expertes Camille Goujon et Violaine Schutz. Un dossier extrait du numéro 28.

Hasard du calendrier, c’est en septembre 2020, à quelques mois seulement de l’annonce de la fin des Daft Punk, que paraissait l’ouvrage Daft Punk – Incognito. Camille Goujon, coautrice du livre aux côtés d’Yves Bigot et de Michel Goujon, revient pour nous sur ses récents travaux autour des deux robots…

Le mystère qui entoure les Daft Punk a-t-il compliqué votre travail de recherche sur le duo ?

C’est vrai. Nous avons essayé d’approcher leur premier cercle et avons senti une certaine barrière créée autour d’eux. Ils veulent gérer leur communication et très peu de personnes s’expriment à leur place. Toutefois, ce n’était pas notre leitmotiv. Nous aimons les Daft Punk et nous admirons leur volonté de protéger leur vie privée. L’objectif n’était pas de dévoiler des secrets personnels, mais d’explorer leur univers artistique.

Qu’avez-vous appris sur les secrets de fabrication des Daft Punk, réputés pour être particulièrement méticuleux sur tous les aspects de leurs projets ?

Même si nous avions une bonne connaissance du sujet, nous avons appris énormément de choses dans le cadre de la création de ce livre. Il y a par exemple un chapitre consacré à un morceau du premier album, WDPK 83.7 FM, un court titre qui, de prime abord, ne paraît pas spécialement important. Nous y expliquons le patchwork de morceaux qui le compose, la référence du titre qui rend hommage aux stations de radio nord-américaines… On a réussi à comprendre un peu mieux leur cheminement par l’analyse des morceaux. Cela reste des compositions qu’ils ont créées seuls dans le studio de Thomas, et ils sont les seuls à en avoir toutes les clés.

En enquêtant sur les Daft Punk, qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?

Globalement, l’impact qu’ils ont eu sur les musiques mondiales et françaises. Quand ils commencent leur carrière, au début des années 90, la musique française est plutôt morose à l’international. Ils ont fait évoluer un mouvement musical tout en tractant la scène française, en lui donnant une place prépondérante dans le reste du monde. Chacun de leurs albums a eu des conséquences sur les autres artistes ; ils ont « drivé » l’électro pendant deux décennies.

Votre livre est paru quelques mois seulement avant la séparation du duo. Aviez-vous pressenti la fin ?

C’est un pur hasard ! Nous sentions qu’il y avait quelque chose, mais malheureusement, nous nous attendions plutôt à un nouvel album, huit ans après le dernier. J’ai été très surprise de leur séparation. Il y avait eu un teasing dans Le Monde en février 2020 au sujet de photos de feuilles de route d’un prétendu nouvel album, la rumeur Dario Argento selon laquelle ils signeraient la soundtrack de son futur film, la suite de Tron avec Disney, le Super Bowl en janvier… Il y avait une effervescence et nous espérions vraiment un album pour cette année-là, pas une rupture soudaine.

Comment avez-vous accueilli la nouvelle de leur séparation ?

Avec un peu de tristesse et de nostalgie sur le coup, comme beaucoup de monde, mais je me suis surtout interrogée sur les raisons de cette séparation. Après, sait-on jamais, nous sommes peut-être face à une sorte de teaser pour un dernier opus qui s’intitulerait Epilogue. On peut toujours espérer ! Plusieurs groupes ont eu des fins comme celle-ci ; je pense notamment aux Beatles avec Abbey Road, Bowie avec Blackstar, ou The Endless River des Pink Floyd, qui avait acté la fin du groupe six ans après leur ultime concert.

On peut toujours être surpris avec les Daft, ils ne font jamais rien comme on l’attend. Mais cela reste intrigant… Se sont-ils sentis prisonniers de l’immense succès de RAM ? Ont-ils voulu se lancer dans autre chose ? On sait par exemple que Thomas Bangalter a également un pied dans la production cinématographique… Cela peut être aussi une volonté d’évoluer en solo, ou de collaborer avec d’autres artistes, comme ils l’ont fait récemment avec Parcels, The Weeknd ou Charlotte Gainsbourg. Nous ne pouvons faire que des suppositions.

Autrice de plusieurs ouvrages consacrés aux Daft Punk, dont Humains après tout, Violaine Schutz revient avec nous sur les recettes de l’incroyable épopée du duo casqué…

Lors de votre travail de documentation et de récolte de témoignages, quels sont les traits de caractère qui revenaient le plus au sujet de Thomas et Guy-Manuel ?

Ce sont des passionnés. Au départ, ils étaient un peu geeks, nerds, timides, fans de ciné et de musique. Perfectionnistes et intelligents aussi, car pour gérer une telle carrière, il faut l’être. Ils semblent être également restés simples et accessibles malgré leur fortune et leur célébrité.

Selon vous, comment les Daft ont-ils réussi à cultiver cette dimension mystique auprès de leurs fans sur une période longue de près de 30 ans ?

En privilégiant le mystère ! Comme Mylène Farmer dans un autre registre, ils donnent peu d’interviews et cachent leur visage. Dans un monde centré sur l’image, les selfies et les réseaux sociaux, c’est quelque chose qui crée du désir, de la curiosité. Plus quelque chose est rare, plus c’est précieux.

En tant que journaliste-autrice, avez-vous réussi à percer quelques mystères, les ingrédients de la « recette » Daft Punk ?

Non, je ne me permettrais pas de dire ça. Je crois que c’est un mélange de musiques assez impressionnant, de concepts forts, parfois philosophiques (l’homme et la machine, le masque), de mystère entretenu, d’un univers visuel à fort impact, de teasings et d’une excellente gestion de carrière.

Pensez-vous que le patrimoine culturel des Daft est intemporel ?

Oui, on retiendra d’eux beaucoup de choses sur la manière de réussir à l’étranger sans compromis. Et une pléthore de morceaux fédérateurs qui ne vieilliront pas.

Encadré : LA CHRONOLOGIE DU MYTHE (2005-2021)

  • 2005. ALBUM HUMAN AFTER ALL : Autour du single « Robot Rock », le duo change de cap et brouille les pistes avec un opus brut et radical.
  • 2006. LIVE À COACHELLA : Le duo dévoile sa pyramide : une scénographie révolutionnaire qui change à jamais le visage des musiques électroniques sur scène.
  • 2007. TOURNÉE ALIVE 2007 + ALBUM LIVE : La plus grande tournée mondiale des Daft Punk, marquée par une date sold-out mémorable à Paris-Bercy.
  • 2010. BANDE ORIGINALE DU FILM TRON: LEGACY : Une incursion magistrale dans l’univers cinématographique pour cette superproduction signée Disney.
  • 2013. ALBUM RANDOM ACCESS MEMORIES : Un succès planétaire porté par le titre Get Lucky et doublement récompensé aux Grammy Awards (dont celui du meilleur album de l’année).
  • 2016. COLLABORATION AVEC THE WEEKND : Le duo produit les titres Starboy et I Feel It Coming pour la star canadienne, trustant à nouveau le sommet des charts mondiaux.
  • 2021. EPILOGUE : Dans une vidéo haletante de près de 8 minutes, le duo met en scène la fin de son aventure musicale avec l’explosion surprise de l’un des deux robots…

Par Nicolas Gal et Ludovic Rambaud

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