Manifeste club de LB aka LABAT ou minimalisme chez Warp : voici un condensé des sorties électro de la semaine du 23 février par DJ Mag France.
Projets de la semaine
23.4 — Elevation EP [Dub Consistency]
Pour lancer son label Dub Consistency, le producteur lillois 23.4 livre une leçon de dub-techno qui ne fait pas de prisonniers. On est sur du son de bunker, sombre et viscéral, où chaque basse pèse une tonne. On sent les dix ans de studio : c’est précis, le low-end est chirurgical et les atmosphères rappellent autant les usines de Détroit que la rigueur clinique de Berlin. Mention spéciale au remix de Volpe qui injecte juste ce qu’il faut de tension tribale pour transformer le set en champ de bataille. Un indispensable pour ceux qui ne jurent que par le vinyle et le son qui tape. Dispo uniquement en vinyle pour le moment, et ça se passe ici.
Gorillaz — The Mountain [Parlophone]
Albarn débranche les guitares et laisse les machines prendre le pouvoir. The Mountain est un terrain de jeu digital où Kaytranada et Bizarrap viennent sculpter des grooves qui défoncent les structures pop classiques. On n’est plus dans le featuring de complaisance, mais dans une véritable recherche de design sonore. L’album est truffé de syncopes house et de textures synthétiques qui s’imbriquent avec une fluidité insolente. C’est moderne, c’est risqué et ça prouve que Gorillaz peut encore donner des leçons de production électronique à la moitié de la scène mondiale.
kwes. — Kinds [Warp Records]
Le retour du génie de Lewisham chez Warp est une leçon d’épure. Kwes Sey évacue le gras pour ne garder que l’os : un minimalisme radical où le shoegaze rencontre une électronique déconstruite. Pas de fioriture, juste des textures brutes et un silence utilisé comme un instrument à part entière. C’est court, c’est dense, et ça tranche radicalement avec la surenchère sonore actuelle. Un disque « reset » qui remet le sound-design au centre de l’église. Kwes reste cet explorateur qui trouve de la beauté là où les autres ne voient que du bruit. Une masterclass de retenue technique.
LB aka LABAT — Feel So Good Around U [Because Music]
Le Lyonnais lâche enfin son premier pavé. On oublie le geek solitaire, LABAT joue ici les chefs d’orchestre en recrutant la crème mondiale (Skin On Skin, Sam Alfred, DJ Fuckoff). Mixé par Geoff Swan (le sorcier derrière Charli XCX), l’album est une collision frontale entre l’efficacité du club et un sens inné du « hook ». Ça transpire l’amitié, les sessions transatlantiques et une énergie brute qui refuse de choisir entre house de puriste et délires electroclash. Un disque collectif qui sonne comme une libération.
Pōnky — Intense Desire EP [TRSN]
PŌNKY revient sur TRSN et il n’est pas là pour trier les lentilles. Intense Desire, c’est six tracks de techno pure, pensée exclusivement pour le booth. Pas de chichis, le mec mise tout sur la clarté des arrangements et la puissance du kick. C’est du son « club-first » qui transpire la maîtrise et l’efficacité. Les rythmiques sont nerveuses, les basses sont tendues comme des câbles d’acier, et le workflow est tourné vers l’impact immédiat. PŌNKY confirme sa place dans le haut du panier avec une techno à haute énergie qui évite tous les clichés grâce à une production ultra-moderne.
PRAANA — Dive [Colorize]
Oubliez la soupe « new age », PRAANA livre avec Dive un projet vibrant qui utilise la fréquence comme une arme de poing. La collab avec Courtney Storm est une tuerie : sa voix survole une melodic house riche, gorgée de synthés oniriques et de percussions qui hypnotisent dès la première écoute. C’est une immersion totale, à la fois intime et faite pour les grands espaces. Le duo réussit le tour de force de rendre la méditation dansante sans jamais tomber dans le niais. Une production luxueuse qui prouve que l’émotion peut aussi être une performance technique de haut vol.
Rinzen — Just Noise [This Never Happened]
Le prodige de L.A. signe sur le label de Lane 8 un projet qui ressemble à une gifle contre le brouhaha numérique. Just Noise, c’est cinq tracks d’une techno cinématique qui envoie du lourd. La production est posée, alternant entre des moments de tension quasi insupportables et des respirations organiques qui sauvent la mise. On est loin de la techno « kilométrique » : ici, chaque nappe a une intention. Un disque pour ceux qui veulent que leur techno raconte une histoire avant de briser des nuques.
Stef de Haan — Ataraxia EP [SEVEN]
Stef de Haan débarque sur SEVEN avec un EP qui pue la sueur et l’urgence des raves inclusives. Le patron de De Reünie balance un mix nerveux de house accélérée et de techno aux accents Y2K. « 1 More Time Selecta » plane avec son Reese bass, mais c’est « Dance Tool » qui va faire des dégâts : un scalpel minimaliste taillé pour rendre les dancefloors dingues. Avec des remixes signés Perra Inmunda et Danny Wabbit, le projet ratisse large, du flair latin à la saturation indus. C’est rapide, c’est queer-friendly et c’est surtout d’une efficacité redoutable pour les clubs qui ne ferment jamais.
Tinlicker & Hero Baldwin — Dreams Of The Machine [PIAS]
Le duo hollandais s’attaque au gros morceau : l’IA face à l’humain. Plutôt que de subir l’algorithme, Tinlicker s’en sert pour traquer l’imperfection organique. L’album est une machine de guerre mélodique où les voix de Hero Baldwin viennent humaniser des lignes de basse froides et tranchantes. C’est de la melodic house de luxe, produite avec un sens maladif du détail. Chaque petit « accident » sonore est calculé pour rappeler que derrière l’écran, il y a encore un cœur qui bat. Un projet intelligent qui réussit l’exploit de faire réfléchir sans jamais vider le dancefloor.
Wave Wave — Feel The Pressure EP [Dark Roast Records]
Wave Wave passe la seconde et ça se sent. Le producteur hambourgeois livre un EP qui mise tout sur la tension. « Feel The Pressure » est une spirale indie-dance qui ne vous lâche pas les basques, tandis que « Back It Up » bascule dans une tech-house musclée, dépouillée de tout gadget inutile. C’est sec, ça tape juste là où il faut, et on comprend pourquoi Solomun et John Summit se l’arrachent déjà. Wave Wave confirme qu’il est l’un des « sharp risers » les plus dangereux du moment, capable de plier n’importe quel club avec une précision de sniper. Zéro compromis, 100% impact.
L’artiste à suivre
Fear-E — Descent Into Ascension (Snapshots Of A Mental State) [Posh End Music]
Fear-E balance Descent into Ascension, une plongée brute dans ses démons. Oubliez la techno de défilé : l’Écossais signe un album-thérapie où l’isolement devient un moteur. Le son est une collision frontale : on y retrouve l’insolence de la French House version Bangalter mixée à la sueur froide de l’EBM canal Nitzer Ebb. C’est vicieux, disco par moments, mais surtout drivé par une techno qui ne s’excuse jamais. Fear-E transforme son journal intime en un arsenal club viscéral, prouvant que la santé mentale peut s’exorciser à grands coups de subs. Un chaos maîtrisé.
Autres sorties notables :
- Amelie Lens – « Falling Into Acid Dreams »
- Angèle, Justice – « What You Want »
- Baccus – « We Are Family »
- Bob Moses, Notre Dame – « On My Mind »
- Chris Liebing, Charlotte de Witte – « Symphony des Seins »
- David Guetta, Hypaton – « Walked Away »
- Funk Tribu, Paul Johnson – « Get Get Down »
- Gonzi, Kichta – « I Want You Bad »
- Hannah Laing, Marlon Hoffstadt, Caroline Roxy – « Stomp Your Feet »
- Kölsch – « Get Lost »
- Mandidextrous, Samurai Breaks – « Vigilante Kru »
- Marten Lou, Colyn – « Need You »
- Rebekah, HELLISH – « Don’t Let Go »
- Tomike – « Illusion »
- Trudge – « Soaring Voices »












