Un jury fédéral a jugé Live Nation et Ticketmaster coupables de monopole illégal sur la billetterie et les concerts aux États-Unis. Le juge doit désormais fixer des sanctions.
Mercredi 15 avril 2026, un jury civil fédéral de New York a reconnu Live Nation, maison mère de Ticketmaster, coupable de monopole illégal en violation des lois antitrust américaines. Le verdict intervient à l’issue d’un procès-fleuve ouvert en mars, dans lequel le groupe était accusé de contrôler de manière abusive l’ensemble de la chaîne du live : promotion de tournées, exploitation de salles et billetterie.
En 2010, Live Nation avait été autorisé à racheter Ticketmaster sous conditions. Depuis, la fusion a progressivement donné naissance à un acteur ultra-dominant : plus de 60% des promotions de concerts dans les grands lieux, 265 salles détenues en Amérique du Nord et une position quasi incontournable sur la billetterie en ligne.
Un accord avec Washington, mais les États poursuivent
Début mars, Live Nation avait tenté de désamorcer la crise en signant un accord amiable avec le ministère de la Justice (DOJ) : 280 millions de dollars de dommages et intérêts et la vente de 13 salles, en échange du retrait de l’administration fédérale du procès. Mais 34 États ont refusé cet arrangement, jugé trop favorable au groupe, et ont poursuivi la procédure jusqu’au verdict.
À l’audience, le patron d’AEG Presents — principal concurrent de Live Nation — a chiffré l’écart : les frais moyens sur un billet de concert atteignent 25% du prix facial aux États-Unis, contre environ 15% en Europe, différence qu’il attribue à la mainmise de Ticketmaster sur le marché américain. Selon la presse locale, le jury a estimé que Ticketmaster avait surfacturé en moyenne 1,72 dollar par billet vendu.
Des pratiques jugées toxiques pour la concurrence
Le cœur des accusations portées par le DOJ et les États concerne une série de pratiques jugées anticoncurrentielles : contrats d’exclusivité pluriannuels avec les grandes salles pour verrouiller la billetterie, menaces ou représailles envers les lieux qui collaborent avec des services concurrents, conditionnement de l’accès à certaines tournées au recours aux services de promotion de Live Nation.
Résultat, selon l’acte d’accusation : les fans paient plus cher, les artistes ont moins d’options pour tourner, les petits promoteurs sont progressivement évincés, et les salles se retrouvent pieds et poings liés à un seul prestataire de billetterie. Pour de nombreux observateurs, ce verdict ne fait qu’entériner juridiquement une situation que le secteur décrit depuis des années.
Vers un démantèlement de Live Nation-Ticketmaster ?
Le juge Arun Subramanian doit désormais fixer les réparations dans une procédure séparée. Sur la table : des dommages et intérêts supplémentaires, des limitations strictes sur les contrats d’exclusivité, mais aussi, possibilité beaucoup plus lourde, la séparation pure et simple de Live Nation et Ticketmaster. La “scission” entre les deux entités, un temps écartée par l’accord amiable de mars, revient de fait au centre du jeu avec ce verdict.
Un démantèlement aurait des répercussions bien au-delà des États-Unis. Live Nation et Ticketmaster sont impliqués dans la majorité des grandes tournées mondiales et d’une partie des festivals européens. Si la structure du groupe est profondément revue, c’est l’équilibre de tout le marché mondial du live qui pourrait être rebattu, avec, potentiellement, plus de marge de manœuvre pour les promoteurs indépendants et les acteurs locaux.
Pour mesurer à quel point ce verdict américain entre en résonance avec les enjeux français, les lecteurs peuvent se replonger dans notre grand dossier sur l’état du live en France publié dans le dernier numéro de DJ Mag France, où l’on décortique précisément la concentration du marché, la pression sur les salles et la hausse des billets.



