Le géant Native Instruments s’effondre. La procédure d’insolvabilité formelle ouverte à Berlin marque la fin d’une ère pour le hardware et le software électronique.
Dans un communiqué diffusé le jeudi 19 mars 2026, le PDG Nick Williams de Native Instruments (NI), le pilier historique de la production électronique et du DJing numérique, a déclaré qu’un certain nombre de ses filiales allaient bientôt « passer d’une procédure d’insolvabilité préliminaire à une procédure d’insolvabilité formelle » auprès du tribunal de commerce de Berlin.
Pour les milliers d’utilisateurs de Komplete, Maschine et Traktor, le ciel vient de s’obscurcir. Ce n’est plus une simple rumeur de restructuration ou une énième vague de licenciements « stratégiques » sous l’égide du fonds Francisco Partners, mais bien une faillite technique qui interroge la survie même d’un écosystème devenu hégémonique depuis trois décennies.
La fin du mirage Francisco Partners ?
Depuis le rachat majoritaire par le fonds d’investissement américain Francisco Partners en 2021, la trajectoire de Native Instruments ressemblait à une fuite en avant. L’ambition affichée de créer une plateforme unifiée sous la bannière « Soundwide » — regroupant iZotope et Plugin Alliance — s’est fracassée contre les réalités d’un marché saturé et d’une dette technique devenue ingérable.
En 2026, l’insolvabilité n’est que le symptôme terminal d’une gestion court-termiste où le marketing de l’abonnement obligatoire a fini par étouffer l’innovation hardware. Traktor, autrefois roi des cabines, a été laissé en friche pendant que la concurrence (AlphaTheta, Denon) raflait les parts de marché. Maschine+, malgré ses promesses de mobilité, n’a jamais su corriger ses instabilités logicielles, laissant les producteurs sur leur faim. La procédure actuelle vise à protéger l’entreprise de ses créanciers, mais elle signe surtout l’échec d’un modèle qui a préféré la rentabilité immédiate à la fidélité de sa base historique.
Quel avenir pour l’écosystème Kontakt ?
La question qui brûle désormais toutes les lèvres concerne la pérennité des licences. Si Native Instruments venait à disparaître, que deviendraient les gigaoctets de banques de sons Kontakt verrouillés par le Native Access ? La procédure d’insolvabilité, gérée par le cabinet mandaté par l’Amtsgericht Charlottenburg, pourrait mener à une vente par appartements.
Kontakt — véritable standard de l’industrie — pourrait être racheté par un géant comme Apple ou Microsoft pour son catalogue de propriété intellectuelle, tandis que le hardware (Maschine, Kontrol) risquerait de devenir des presse-papiers coûteux sans support logiciel.
À Berlin, les syndicats et les employés sont dans l’expectative, craignant une liquidation pure et simple si aucun repreneur sérieux ne se manifeste dans les prochaines semaines.



