Auteur d’un tube international, ‘Famax‘, en 2024, le DJ et producteur suisse Raffa Guido revient avec La Fama, un concept qui le fait revenir à la source de sa passion pour la house music.
Propulsé sur le devant de la scène grâce au succès international de ‘Famax’ en 2024, Raffa Guido n’a pas tardé à devenir un nom récurrent des line-up internationaux. Adoubé par ses pairs (Keinemusik en tête) et par le public, on aurait pu imaginer Raffa Guido comblé à tous points de vue. Pourtant, le DJ et producteur suisse ne se sentait pas tout à fait à sa place dans ce nouvel univers, lui qui porte dans son coeur un amour de la house de club, loin de la machine commerciale qu’est devenue la afro-house à laquelle il a été malgré lui affilié. Avec La Fama, un concept de soirées doublé d’un label, le Genevois entend bien reprendre le contrôle total de sa route musicale, et d’embarquer avec lui une nouvelle génération de DJs et producteur.ices. Il nous dit plus sur cette nouvelle étape de sa carrière.
Comment es-tu tombé dans la musique électronique ?
J’ai commencé à écouter de la musique électronique à l’âge de 15 ans quand j’ai découvert Luciano. J’étais à l’école avec sa fille, qui est devenue une amie et qui m’a fait découvrir le travail de son père. J’ai commencé à explorer pas mal de styles, mais toujours en lien avec cette house qui était encore underground à l’époque, Peu de gens en écoutaient, c’était une musique qu’on vivait en club ou à Ibiza. Mon père m’a emmené sur l’île pour aller voir Luciano lors de sa résidence à l’Ushuaïa, ce qui n’a fait que renforcer mon amour pour cette musique.
A quel moment as-tu décidé d’en faire ton métier ?
Je n’ai jamais trop aimé l’école mais mes parents m’ont poussé à continuer jusqu’au diplôme. Une fois que je l’ai obtenu, je leur ai demandé de me faire confiance. J’avais envie de travailler dans la musique, cette passion qui m’habitait depuis des années. Je me suis laissé un an pour me faire une place dans ce monde avant de me résigner à trouver un travail plus « normal ». Au bout d’un an, alors que j’allais tout lâché, j’ai produit ‘Famax’. On était à la fin de l’année 2024, j’étais dans un Starbucks à Genève, et j’ai créé le morceau en deux heures. Les amis avec qui j’étais mon dit que le titre avait quelque chose en plus, mais je pensais qu’il rejoindrait les 100 tracks que j’avais faits avant, dans le fond de mon disque dur…
Qu’est-ce qui a finalement permis au titre d’exploser ?
On était au moment où Keinemusik était au sommet, et un de mes amis m’a fait écouter un titre d’Adam Port paru sur Defected avec un vocal en espagnol. Il m’a suggéré de lui envoyer le morceau. Il m’a montré le site Trackstack, grâce auquel j’ai pu lui transmettre. Il m’a répondu dans la foulée en me disant qu’il allait jouer le titre le week-end même à Dubaï, au Soho Garden. J’ai commencé à recevoir plein de messages sur Instagram, ça a créé une attente. J’ai posté en story une vidéo où Adam Port est en train de jouer mon titre en identifiant plusieurs gros labels de afro-house. MoBlack a répondu en me proposant de signer le morceau. Ça a commencé à prendre deux ou trois mois après la sortie. Keinemusik a joué le titre une centaine de fois, et à chaque fois davantage de personnes allaient le streamer. Ça a fini par devenir la track du moment, plein d’artistes ont commencé à la jouer, comme Ilario Alicante, Joseph Capriati, David Guetta, Anyma dans une version melodic techno… Ensuite ça a été au tour de TikTok, où les influenceurs et les acteurs ont commencé à l’utiliser. Même Will Smith a posté une vidéo sur son insta de Adam Port qui joue le morceau ! Je ne contrôlais plus rien. A ce moment-là, tu ne sais plus ce que tu fais ni ce que tu dois faire, tu essayes de profiter de ce moment dont tu as rêvé toute ta vie.
Comment as-tu pris le fait de percer avec un titre de afro-house malgré ton background plus centré sur la house « traditionnelle » ?
J’ai rêvé toute ma vie de vivre un moment comme celui-là, mais peut-être pas avec cette musique. Quand j’ai fait ‘Famax’, je n’avais pas prévu de faire un titre afro-house. Pour moi, c’était de la house un peu latine et mélodique, c’est tout. Que Keinemusik l’a joue tant de fois, ça m’a associé à cette scène de fait. Tu ne t’en rends pas compte sur le moment, tu es animé par ce que tu vis, et j’adore l’afro-house, je ne renie pas du tout ce courant. Je la conçois peut-être sous un autre angle, un peu moins commercial que ce qu’elle est devenue et qui ne me ressemble pas.
A partir de la sortie de ‘Famax’, ta vie a changé et tu t’es retrouvé à jouer partout dans le monde. Comment as-tu été impacté par cette nouvelle vie soudaine ?
Avant ‘Famax’ je n’étais jamais sorti d’Europe, et mon premier show international était à Doha. C’était hallucinant. Je passais de ma petite vie à Genève à jouer au Qatar dans un tout autre univers social et culturel. C’était un peu Disneyland pour moi ! J’ai commencé à voyager dans le monde entier, car quand tu as un track qui perce, il faut jouer le plus possible pour que le public t’identifie. C’est un travail qui prend du temps. Les gens peuvent connaître ta musique sans jamais savoir qui tu es.
Ce rythme a-t-il eu un impact sur ta créativité ?
Quand tu fais une musique qui fonctionne, c’est parce que tu es dans un environnement neutre, tu es reposé, tu es créatif, tu n’as pas de pression. C’est tout le contraire de ce que j’ai ressenti pendant ces deux années de tournée. J’avais une pression constante, je dormais peu, mais on attendait de moi que je fasse de la musique. Tout ce que j’ai créé pendant cette période ne me ressemblait pas vraiment, ce n’était pas ce que j’avais envie de faire, de transmettre aux gens. C’était de toute façon impossible car j’étais trop rattaché à la scène afro-house pour m’exprimer comme je le voulais.
Comment t’es-tu sorti de cette impasse ?
C’est à ce moment que j’ai pris la décision de ne pas donner de suite à ‘Famax’. Je ne voulais pas rentrer dans ce carcan, tenter de devenir un hitmaker comme d’autres savent très bien le faire. Ça ne collait pas à mon identité et à mes goûts musicaux, j’avais peur de me retrouver enfermé et de ne plus prendre de plaisir. Ce qui m’amine, c’est de faire et jouer la musique que j’aime, pas de faire des hits. Quand j’arrive dans un lieu, je ne sais pas ce que je vais jouer, mais je sais que je vais jouer des choses qui me plaisent et que donc ça va forcément plaire aux gens. Pendant ces deux années de tournées, je ne ressentais plus ça, quelque chose bloquait. Je ne me plains pas et je me suis éclaté, mais je ne me sentais pas aligné avec qui je suis. Je ne suis pas le seul à avoir traversé ça, il suffit d’écouter ce que les DJs ont joué tout l’été à Ibiza : on est revenu à la house. Tout le monde a eu ras-le-bol de l’afro-house quand elle est devenue trop commerciale et surutilisée.
Tu entres donc dans une nouvelle étape de carrière. Comment celle-ci va-t-elle prendre vie ?
Aujourd’hui, je fais évoluer mon projet pour revenir à la base : la house music. J’ai un gros projet sur le point de naître, La Fama, qui se décline en événements à travers le monde et un label. Je vais inviter des amis, des DJs… J’ai envie de m’exprimer comme je le souhaite. Je me fiche de ce que veulent les labels qui me demandent un ‘Famax 2’. Je veux faire un hit comme je le veux moi. L’argent a pris le pas sur la musique. C’est à celui qui a le plus de followers car il faut vendre. Je le comprends, c’est un business et j’en fait aussi partie, mais je suis de ceux qui font encore passer la musique avant tout le reste. J’ai envie de faire et jouer de la musique qui donne envie aux gens de faire la fête, de danser, de foutre le bordel. Pas d’être sur leur téléphone.
Tu peux nous en dire plus sur La Fama et ce à quoi le public peut s’attendre ?
Je veux que La Fama permette aux gens d’apprendre vraiment à me connaître. L’univers va être centré sur la house et la tech house mais avec ma touche, ce côté latin et mélodique. Je veux créer une communauté autour de mon univers. J’aime beaucoup l’art, la mode, et je veux relier tout ça autour de cette marque. La Fama, c’est avant tout la famille. J’aurai une résidence à l’audio club dans ma ville, Genève, à partir de janvier. C’est un des plus gros clubs de Suisse avec le Kaufleuten, à Zurich. Il y aura aussi probablement une soirée à Paris dans un célèbre club de la capitale relié à un musée… Je veux ramener ce côté familial un peu partout, et évidement cette musique que j’aime tant. Le label s’inscrit dans cette démarche. Aujourd’hui, on galère à sortir de la musique, tout prend trop de temps. Si tu n’as pas un titre qui est joué par les plus gros DJs, tu ne seras pas signé. C’est dommage, il y a tellement de jeunes artistes talentueux et j’en connais plein. Je veux donner à d’autres la possibilité de lancer leur carrière. Je vais aussi sortir beaucoup de ma musique sur le label, évidemment !
