Slam, premiers à avoir signé les robots sur Soma, racontent l’énergie brute de « Da Funk » et la vision unique du duo. Un entretien culte issu de notre numéro 28.
Les deux membres du duo Slam ont été les premiers à croire en Thomas et Guy-Manuel en 1994. À l’époque, leur label Soma était l’une des références européennes en matière de techno, ce qui a incité les Daft à envoyer leurs démos, brutes de décoffrage. Outre The New Wave, leur premier EP très « rave » dans l’âme, le duo sortira aussi son premier titre signature chez Soma, un certain « Da Funk ». Slam a accepté de nous raconter les coulisses des débuts des Daft Punk en tant qu’artistes.
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Qu’est-ce qui vous a séduit dans la musique des Daft quand vous avez décidé de sortir leur premier maxi ?
Leurs premiers titres étaient assez bruts et sauvages, avec une énergie presque rudimentaire. Le premier maxi, The New Wave, dégageait une grosse vibe techno avec des éléments industriels. Rien à voir avec ce qu’ils ont pu sortir par la suite.

Imaginiez-vous que ces deux Frenchies auraient ensuite une telle carrière ?
Pas du tout au départ. Mais après quelques sorties, il était évident qu’ils avaient une vision et une esthétique sonore qui sortaient du lot. On se rendait compte, au fil des morceaux, que leur musique avait de quoi toucher un public très large, y compris non initié. Ils adoraient autant la house que la techno et la pop, ce qui n’était pas si fréquent à l’époque. Surtout, ils avaient l’oreille pour créer des boucles qui retenaient de suite l’attention.
Même s’ils ont produit de nombreux genres de musique, « Da Funkreste » l’un des titres signatures de leur discographie. Est-ce que vous vous souvenez des feedbacks que vous receviez à l’époque ?
On se souvient encore de la première démo qu’on avait écoutée dans nos bureaux. On leur a demandé de finaliser le morceau qu’on appelait « slow funky one » entre nous. Mais on se doutait que ça serait un gros disque car une palette d’artistes très large nous faisait remonter des feedbacks enthousiastes, en nous confirmant qu’ils joueraient « Da Funk » dans leurs sets. Ça allait de Richie Hawtin à n’importe quel DJ plus house.

On se souvient aussi que la plupart des DJs coupaient leurs sets pour placer le morceau car il était très lent au niveau du tempo. C’était impossible de le « pitcher » assez pour le mixer de manière traditionnelle. En ce sens, avec un tel ovni, les Daft sont entrés à jamais dans le radar de tous les DJs influents.
Étaient-ils « human after all » ? Sont-ils restés en contact avec vous une fois qu’ils sont devenus célèbres ?
Oui, nous sommes restés amis. Nous avons continué de nous voir régulièrement. Quand nous sommes venus à Paris, au Rex Club, pour les besoins d’un documentaire Netflix à leur sujet, on a dîné avec Thomas. C’était le même jeune homme : enthousiaste et passionné de musique et de technologie en général.

En tant que directeurs artistiques, diriez-vous que la signature d’artistes comme les Daft n’arrive qu’une fois dans une vie ?
Oui, on peut le dire ! On a eu beaucoup d’autres réussites avec le label à travers les décennies. Nous n’avons jamais signé de musique grand public (mainstream) et nous avons toujours préféré dénicher de nouveaux talents, ceux qui, selon nous, ont de quoi remuer la sphère underground…
Par Nicolas Gal et Ludovic Rambaud












