Cinq ans après l’arrêt définitif des Daft Punk, retour sur un savoir-faire érigé en art : nous republions ce focus sur la culture du sample, extrait de notre numéro 28.
Ce n’est plus vraiment une surprise tant les articles et autres pages dédiées sont nombreux sur le Net : le génie des Daft Punk repose aussi sur l’art de bien choisir ses samples. Souvent, il s’agit de disques de soul ou de funk peu connus dénichés parmi l’immense collection de vinyles du père de Thomas, célèbre éditeur phonographique. Outil de création à part entière, le sampling était une recette en vogue du côté des pionniers de la vague French Touch. Souvent archaïque, le procédé pour extraire un échantillon d’une œuvre existante n’était pas très précis, ce qui incitait ensuite les producteurs à les bidouiller pour obtenir un meilleur rendu.
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Le découpage était souvent accompagné par un travail d’effets et de filtres. Loin d’être une exception, le sampling a longtemps été la technique privilégiée des producteurs de musiques électroniques et de hip-hop. Les artistes français estampillés « French Touch » s’en sont fait une spécialité, de Bob Sinclar à Stardust en passant par Cassius, Superdiscount, Superfunk et Daft Punk, bien entendu. Dans un article paru dans Le Monde, le spécialiste Brice Miclet affirmait que « rien que le fait de trouver un morceau, de le détourner et d’en faire quelque chose d’inédit est en soi une démarche artistique et technique intéressante ».
Technique du chopping
Par ailleurs, l’échantillonnage façon Daft Punk va souvent plus loin que dans cet exemple. Le tube planétaire « One More Time » utilise ainsi un titre d’Eddie Johns, « More Spell on You » (1979), passé à la moulinette au point de le rendre méconnaissable. Ce n’est pas pour rien qu’on parle alors, pour ce sampling sophistiqué, de « chopping » — hachage, en anglais. « Le côté technique du ‘’chopping’’ est souvent vu comme plus noble que la boucle simple, mais les deux ont leur intérêt. Dans le cas de ‘’One More Time’’, on a plusieurs passages qui sont isolés, réorganisés, prolongés, pitchés — on en change la tonalité et la vitesse de manière exponentielle… »

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De ce fait, le sampling est un art en soi. Il nécessite non seulement une riche culture musicale, mais aussi un procédé technique particulier, en l’occurrence artisanal avant que l’informatique et la MAO ne fassent leur apparition. À la différence de nombreux artistes de leur génération, les Daft ont fait des samples la pierre angulaire de leur projet musical, y compris au service de leurs albums.
Même sur leur dernier album récompensé aux Grammys, dont le processus d’enregistrement était pourtant très éloigné des trois premiers albums comme le souligne Éric Chedeville dans son témoignage, le duo a continué de puiser son inspiration dans des vieux titres peu connus. « Contact », écrit avec leur collaborateur de longue date DJ Falcon, exploite ainsi un titre des années 80 du groupe australien The Sherbs, prouvant une fois de plus que Daft Punk aimait voir en tous ces samples une ressource infinie pour alimenter son génie créatif.
CInq exemples marquants
- « Harder, Better, Faster, Stronger » : « Cola Bottle Baby » d’Edwin Birdsong, sorti en 1979, sert de base au mythique « Harder, Better, Faster, Stronger » du duo, dont la reprise par Kanye West en 2007 a permis aux Français d’accroître considérablement leur audimat à l’échelle internationale.
- « Da Funk » : Plus surprenant, le premier succès des Daft, sorti sur le label Soma en 1995, utilise un sample d’un titre peu connu de Barry White publié en 1973 : « I’m Gonna Love You Just a Little More Baby ».
- « Aerodynamic » : Le titre exploite quant à lui avec subtilité le titre disco « Il Macquillage Lady » de Sister Sledge.
- « Digital love » : Ce trackest en fait une réactualisation du titre « I Love You More » de George Duke, sorti en 1979. Bluffant !
- « Crescendols » : Ici, le duo français a repris sans détour les boucles de « Can You Imagine », un titre soul de The Imperials sorti à la fin des années 70.






En 2007, le label Rapster a sorti une compilation étonnante, Discovered, A Collection Of Daft Samples, qui a littéralement mis le duo français « à nu ». En effet, les douze titres de cette compilation, rares et funky, contiennent certains des samples utilisés par les Daft Punk. Parfois évidents et peu retouchés, ou bien subtils et nettement retravaillés, ces extraits permettent de mieux comprendre l’art du sample dont le duo s’est fait expert. « Robot Rock », « Digital Love », « Harder, Better, Faster, Stronger », « Veridis Quo », « Da Funk », « Music Sounds Better With You », « Aerodynamic », « Voyager », « One More Time », « Crescendolls » ou encore « Around The World » ont, en effet, tous des racines 70-80’s qu’il est passionnant de découvrir à travers l’écoute de ces titres dans leurs versions originales.
Par Nicolas Gal et Ludovic Rambaud












