En mars 2020, les clubs ne s’attendaient pas à garder portes closes pendant près d’un an et demi, suite à l’annonce de leur fermeture par le premier ministre Edouard Philippe. La plaie encore à vif, ils baisseront de nouveau le rideau ce vendredi pour une durée indéterminée d’au moins quatre semaines. Bien que le gouvernement ait annoncé des aides massives, ces mesures restrictives démontrent une fois de plus le rôle de bouc-émissaire des clubs et discothèques lors de cette crise.
Premiers fermés et derniers rouverts lors des premières vagues de l’épidémie, ces établissements sont à nouveau pointés du doigt, et sont les seuls contraints de cesser leur activité. Une décision justifiée par l’affirmation selon laquelle les boîtes de nuit sont des lieux de forte circulation du virus. Aucune étude spécifique n’a pourtant montré, en France ni ailleurs dans le monde, que les clubs et discothèques étaient des clusters en puissance. On se souvient des soirées-test à Liverpool dès le mois de mai 2021, dont les conclusions n’avaient en aucun cas mis en lumière un danger spécifique, alors que plusieurs milliers de jeunes avaient dansé côte à côte, sans masque, deux jours de suite. Ou bien les différentes initiatives croisées en France, menées par les syndicats, promoteurs et représentants des ministères de la Culture et de l’Intérieur. Lors du concert test d’Indochine le 29 mai à l’Accor Arena (Bercy) au cours duquel 4000 personnes étaient collées-serrées, l’AP-HP avait conclu qu’il n’y avait pas de « sur-risque d’infection » avéré. Au cours de l’été, la vaccination a fortement accéléré et s’est étendue aux tranches d’âges les plus jeunes, dont celles qui sortent en clubs et discothèques. Le protocole lié au passe sanitaire a été scrupuleusement appliqué par la plupart des professionnels et des clients, il est donc incompréhensible de constater aujourd’hui qu’un secteur d’activité en particulier soit sanctionné de manière totalement isolée, sous prétexte qu’il contribuerait plus que d’autres à la cinquième vague de contamination. Cela n’a pas de sens quand on considère le flux tout à fait relatif que représentent les sorties en club dans notre pays, comparativement à toutes les autres offres culturelles et de divertissement ! Une fois de plus, on regrette que les clubs et discothèques soient pris pour cible dans la stratégie gouvernementale face au Covid. Plutôt que d’améliorer la prévention et de renforcer les protocoles sanitaires en imposant, par exemple, des normes en matière d’aération, un test obligatoire à l’entrée et un renforcement des contrôles, le gouvernement choisit une fois de plus de fermer des discothèques déjà largement pénalisées par une crise ayant entrainé plusieurs centaines de fermetures dans le secteur, et contribue à leur donner une image de lieux dangereux dont elles peineront à se défaire. Comme en 2020, il y a fort à parier que les jeunes se reporteront vers des fêtes privées, dans des espaces exigus et mal ventilés où aucun contrôle du passe sanitaire ni du port du masque ne sera exigé.
« Le message est clair : les clubs, leurs musiques et leur histoire ne font pas partie du patrimoine culturel français. »
Rappelons que la capacité moyenne des clubs en France, rarement supérieure à quelques centaines de personnes, n’est pas comparable à celle des salles de concert et autres zénith, pour lesquels aucune annonce restrictive n’a été prise. De plus, les personnels de ces établissements sont habitués à prévenir et sensibiliser depuis longtemps, que ce soit au sujet de l’alcool, des stupéfiants, des MST et bien d’autres thématiques sanitaires encore. Des lieux qui emploient près de 30000 personnes, qui avaient d’ores et déjà programmé leur fin d’année festive, si cruciale dans leur chiffre d’affaires déjà mis à mal par les 18 mois de fermeture administrative subis depuis le début de la crise. Des lieux encore une fois stigmatisés, pris pour cible par nos élites sans aucune justification, dont le rôle social et culturel n’est pourtant plus à démontrer. Des lieux sanctionnés alors même qu’ils ont été au coeur des protocoles sanitaires les plus stricts, notamment via l’exigence du passe sanitaire, qui a de fait réduit leur fréquentation « naturelle » de 30% environ. Décider aujourd’hui de mettre sous cloche les clubs et les discothèques n’est pas seulement injuste et discriminatoire, c’est une décision totalement hors sujet face à la recrudescence de l’épidémie.
Mais le plus démoralisant pour les professionnels de la nuit reste le deux-poids deux-mesures du gouvernement à son égard. Déjà, à l’aube de l’été 2020 et alors que les premières boîtes de nuit mettent la clef sous la porte, la ministre de la Culture Roselyne Bachelot déclarait avec un certain mépris quelle « n’irait pas en boîte si elle avait 18 ans », rejetant par ailleurs la responsabilité des discothèques sur le ministère de l’Intérieur. Le message est clair : les clubs, leurs musiques et leur histoire ne font pas partie du patrimoine culturel français. Malgré les nombreuses rencontres entre le cabinet du ministère et les acteurs du monde de la nuit et de l’événementiel, ou encore les lettres ouvertes d’artistes et de professionnels, le message ne semble toujours pas être passé. A nouveau, les boîtes de nuit sont ostracisées, bénéficiant d’un régime spécial qui les isole du reste du spectacle vivant, et notamment des salles concerts de concert qui, même en configuration debout, sont autorisées à rester ouvertes. Le label Club Cultures, une initiative lancée il y a quelques mois par le collectif Culture Bar-Bars et une quarantaine de clubs de l’hexagone (Rex Club, Warehouse, I-Boat…) , qui vise à leur faire obtenir le statut d’établissement culturel, est plus que jamais nécessaire. En attendant, espérons que toutes les discothèques, clubs ou boîtes de nuit, selon l’appellation de votre choix, survivent à cette nouvelle fermeture. Nous leur apportons tout notre soutien.
Crédit photo : @Pim Myten







