Avec NEO, Mathame donne à son emotech – la techno cinématique qui caractérise sa musique – un univers dans lequel s’épanouir. En mêlant l’intelligence artificielle aux animes japonais, le dancefloor aux mélodies centrées sur l’émotion, leur label à un arc narratif qui s’étend jusque dans ses scénographies, Mathame déploie un monde où l’humain et la technologie évoluent main dans la main. Quelques semaines après leur passage remarqué au Brunch Electronik, à Bordeaux, les deux artistes nous ouvrent une fenêtre sur leur galaxie visuelle et sonore.
Vous êtes récemment passé par le Brunch Electronik, à Bordeaux. Comment ça s’est passé ?
Amedeo : Ça s’est bien passé !
Matteo : La réaction du public était incroyable.
Amedeo : Et il faisait particulièrement chaud ! Mais c’était un moment spécial.
Votre carrière a bien évolué depuis les débuts de Mathame il y a dix ans. Vous jouez désormais sur les grandes scènes internationales avec différentes formules : NEO, NEOLOGY… Comment articuliez-vous ces multiples projets ?
Amedeo : On a très bonne équipe qui nous aide à donner vie à nos différentes idées. On en a beaucoup, donc a besoin d’être bien entourés ! Au final, c’est la musique qui compte. En fonction de ce que l’on produit, elle va avoir besoin de prendre vie de différentes façons. On adore ne pas se contenter du son, on veut explorer différents aspects de notre créativité. Parce qu’on réfléchit en artistes, on se dit aussi qu’on veut donner le plus possible aux fans.
Matteo : On n’est pas pressés donc on ne se sent pas obligés de tout faire en même temps. On prend notre temps pour NEO, pour NEOLOGY, pour les DJ sets. On est très sélectifs, ça peut être compliqué de travailler avec nous (rires). On veut être sûr qu’on s’engage sur la bonne voie avant de se lancer dans quelque chose. C’est de cette manière que naissent ces différents projets.
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Créer un univers visuel et narratif autour de votre musique, c’est une manière de donner une cohérence à vos différents projets ?
Matteo : Disons que NEO est notre projet le plus ambitieux. C’est comme un monde, dans lequel on met tout ce que l’on fait : notre musique, nos visuels, notre merch, les nouveaux talents que l’on veut mettre en avant avec notre nouveau label… On a l’impression qu’il y a un vide dans l’industrie musicale, entre des choses très sombres et très hard comme la hardtechno et des choses plus lumineuses comme la tech house. Il n’y a pas de juste milieu. Même en termes de genre, tu ne peux pas vraiment étiqueter ce que l’on fait. On n’est plus vraiment dans la techno melodic, ce n’est pas de la trance ni de la tech house, ou de la dance « mainstream ». On appelle ce que l’on fait de la emotech. NEO, c’est l’univers dans lequel on inscrit ce genre.
Dans ce monde, vous développez votre propre style musical, mais aussi des influences visuelles comme l’animation japonaise, et une réflexion plus globale sur la technologie et son lien avec ce qui fait notre humanité…
Amedeo : L’univers de NEO et de NEOLOGY est très vaste. On créé des grands scripts autour de tout cela. NEOLOGY est le clé qui permet de tout connecter. On a des influences japonaises car on adore Evangelion et le monde des animes : Berserk, Ghost in the Shell… On voulait que l’animation symbolise ce rapport entre l’homme et la technologie, c’est pourquoi nous avons eu recours à l’intelligence artificielle pour la créer. C’est un outil puissant qui nous permet de donner vie à nos idées rapidement.
Matteo : NEO est un label, un genre et une communauté, mais c’est aussi une histoire. Les statues et les symboles font partie de cette histoire, et NEOLOGY en donne le sens. L’histoire se révèle dans nos visuels, dans nos clips, dans nos scénographies… Il y aura aussi peut-être un livre, on verra. Pour créer ce monde, on a écrit une bible, avec un arc narratif, des chapitres, tout. Ça permet de rendre le tout intéressant, et d’expliquer les messages cachés sur la coexistence entre les humains et la technologie, toute la philosophie autour de Neo.
De nombreux artistes ont justement peur que l’intelligence artificielle ne vienne se substituer au travail et à la créativité humaine. Comment vous assurez-vous qu’en utilisant l’IA, cette technologie ne vienne pas prendre la place des humains ?
Amedeo : L’IA est un outil. Elle ne transmet pas d’émotion. C’est comme un pinceau. C’est un outil génial, et je pense que tous les artistes devraient se l’approprier. Ça fait cinq ans qu’on est vraiment là-dedans, et ce sont toujours les humains qui font la différence, ce sont les choix qu’ils font.
Matteo : Comme lors de l’invention de la photographie, il y a des moments dans l’histoire où tu sens que quelque chose va tout changer. Maintenant c’est au tour de l’IA. C’est un outil puissant qui, bien sûr, va changer le paysage pour les travailleurs. C’est en train d’arriver en ce moment même. On n’a pas d’autre choix que de s’adapter. C’est une chose très puissante, et il faut d’abord comprendre comment l’utiliser à ton avantage. L’IA en elle-même n’a aucun pouvoir, seuls les humains peuvent la diriger. Elle ne va pas réveiller et écrire une histoire toute seule, c’est à quelqu’un de l’utiliser pour écrire son propre récit. Si tes idées sont mauvaises, il ne va rien en sortir de qualitatif. C’est la règle. Pour en tirer le meilleur, il faut beaucoup travailler. Ce n’est pas quelque chose qui te sauve du temps ou de l’argent, tu dois quand même en passer par le travail. En revanche, ça rend accessible la création, ça permet à plein de gens de pouvoir donner vie à leurs idées. Je crois que c’est révolutionnaire, on n’a jamais connu ça dans l’histoire. Ça met en danger les gens qui étaient déjà en position de pouvoir, car la qualité monte et la concurrence aussi. Ceux qui vont perdre leur emploi sont ceux qui ne sont pas assez bons. Si Suno arrive à faire aussi bien que toi, c’est que tu n’es pas au niveau. Ça pousse à la remise en question, et à l’adaptation.
En fonctionnant sur la base de travaux humains, les outils d’IA génératifs pourraient-ils tout de même permettre l’émergence de quelque chose de nouveau ?
Matteo : Je pense que ça arrive en ce moment même. Il va y avoir des mélanges inédits. Même des artistes qui disent ne pas utiliser l’IA l’utilisent. Ce n’est que du marketing. C’est un outil trop puissant pour ne pas s’en servir. Ce serait comme ne pas utiliser Instagram pour faire ta promo.
Amedeo : On a besoin de quelque chose d’un peu frais et neuf dans la musique électronique. Ces trois-quatre dernières années, tout le monde s’est retrouvé un peu bloqué et attend que quelque chose de nouveau arrive. L’IA aidera peut-être a accélérer ce processus, à trouver la direction dans laquelle les musiques électroniques doivent aller.
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Vous pensez que le prochain style qui sera repris par toute la scène sera l’emotech ?
Matteo : On ne sait pas, parce qu’on fait juste ce qu’on aime. C’est notre vision. On ne cherche pas seulement à faire de la musique pour faire la fête, on cherche l’émotion. Pour nous, la musique doit raconter quelque chose. On a du mal à faire de la musique juste pour danser. On préfère les musiques plus cinématiques.
Vous nous parliez plus tôt de votre nouveau label, NEO Records. Vous pouvez nous en dire un peu plus ?
Amedeo : C’est un de nos gros projets pour cette année. On veut faire grandir des artistes avec nous. On a un pool de talents qui vont rejoindre les rangs de l’emotech. On construit pas mal de choses autour de NEO, on va se concentrer un moment autour de son développement, avec peut-être une série, un jeu vidéo… On travaille dur, et le label est une de nos priorités. Ça va beaucoup aider notre communauté à comprendre là où on veut aller. C’est une étape importante.
Matteo : Il y a beaucoup de producteurs qui attendent ça, un endroit où partager une musique émotionnelle pour le dancefloor. Pour l’instant, ça n’existe pas dans l’industrie. On a attendu 10 ans de carrière pour créer cet espace.
Vous passerez par Paris en octobre pour une date exceptionnelle à Phantom. C’est une ville qui compte pour vous ?
Matteo : Paris est la ville où on a fait notre toute première date ! C’était sur un bateau sur la Seine, en 2015. Il y avait peut-être 30 personnes ! On jouait encore avec des synthétiseurs, c’était un live hybride. On n’avait pas beaucoup d’argent, on marchait des kilomètres avec tout notre matériel depuis l’hôtel jusqu’à la salle, c’était génial (rires).







