Antoine Baduel de Radio FG.
Crédit : D.R.

DOSSIER. Daft Punk : les débuts du duo sur Radio FG racontés par Antoine Baduel

Publié le 25 février 2026

À l’occasion du cinquième anniversaire de leur séparation, nous replongeons dans nos archives avec ce témoignage d’Antoine Baduel, patron de Radio FG.

C’est sur Radio FG que les Daft Punk ont diffusé leurs premiers mixes. Programmés à l’antenne chaque semaine parmi d’autres pionniers de la French Touch, Thomas et Guy-Manuel ont très vite fasciné les aficionados parisiens par leurs sélections musicales et leurs sets au sein des soirées organisées au Queen dès 1993, à l’époque où un certain David Guetta excellait en tant que directeur artistique. Trente ans après, Antoine Baduel garde un souvenir intact des premiers faits d’armes du duo. Témoignage.

FG a été la première radio à parier sur les Daft. Peux-tu nous raconter le contexte de leur résidence radio avec vous au milieu des années 90 ?

Nous avons signé la résidence hebdomadaire des Daft Punk en 1995 grâce à Christophe Vix, qui était à l’époque notre directeur d’antenne. Les Daft Punk étaient proches de FG ; de nombreux artistes et talents qui gravitaient autour d’eux étaient, eux aussi, très liés à la radio, comme Pedro Winter, qui était impliqué dans le projet d’expo Global Tekno 1 que nous avions initié, mais aussi les Cassius et DJ Falcon. Les Daft jouaient tous les vendredis à 13h sur FG. Cette case quotidienne était dédiée aux artistes de la French Touch, au sein de laquelle d’autres comme DJ Gregory, DJ Deep et Alex from Tokyo ont joué. C’était le créneau sur lequel nous faisions jouer les amis et les artistes de grande proximité avec notre radio.

Comment les Daft étaient-ils alors perçus à Paris ? Y avait-il une sorte de frénésie autour d’eux ou bien la hype est-elle plutôt venue de l’étranger ?

Les Daft avaient une réputation très forte auprès des initiés qu’ils fascinaient. Mais la hype est clairement venue de l’étranger, de Grande-Bretagne en l’occurrence. Le début du buzz pourrait se relier au moment où ils ont fait la couverture de Jockey Slut, un magazine des raves et de l’underground du nord de l’Angleterre. Le début du buzz, c’est surtout quand ils ont signé leur premier single sur le label Soma, The New Wave. Je me souviens que la signature avec Soma a eu lieu grâce à Serge Nicolas (de Paradise Massage). Thomas et Guy-Manuel ont rencontré le duo Slam dans son appartement parisien, avant qu’ils n’aillent jouer à une rave mythique organisée à Euro Disney !

Il y a ensuite eu une licence avec UMM en Italie, puis le buzz en France a décollé après. Au départ, il n’y avait que les initiés enthousiastes et fascinés, autour de leur résidence sur FG et des événements dans les clubs, comme la soirée ClubHouse de Radio FG que nous avons organisée de 1993 à 1995 avec David Guetta, Didier Sinclair et Christophe Vix. Les soirées Respect ont pris le relais dès 1996, toujours au Queen.

En tant que programmateur radio, avec ton expérience, quelle est selon toi la plus grande qualité artistique des Daft, la recette de leur rayonnement international ?

Les Daft Punk, c’est une synthèse entre des samples des 70s et 80s, une capacité incroyable à mêler la techno, la house, les samples, la funk, le rock et à revendiquer les valeurs et l’esprit de la house. S’ils ont toujours revendiqué les valeurs de la house, leur capacité à se nourrir de toutes les esthétiques est pour moi une des clés de leur succès, de leur mythe et de leur longévité. Artistiquement, c’est le groupe le moins fermé que j’ai connu.

Mais leur culte du secret, du silence et du mystère y est aussi pour beaucoup. Ils se sont totalement démarqués de cette culture narcissique et du culte de la personnalité qui a peu à peu pris le dessus au sein de la scène DJ, en particulier chez les plus connus d’entre eux, engloutissant au passage les valeurs initiales de la house.

Par Nicolas Gal et Ludovic Rambaud

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