De la house espagnole de Mestiza à l’hypnose électro de Rezz, tour d’horizon des sorties électroniques essentielles de la semaine du 6 avril 2026.
C’est un vendredi 10 avril qui embrasse une belle diversité de la scène électronique mondiale, entre techno minimaliste made in UK, funky house à la française et électro hypnotique nord-américaine. Les vétérans côtoient les nouvelles têtes, les dancefloors exigeants répondent aux écoutes domestiques. Voici notre sélection des sorties à ne pas rater.
808 State & Humanoid — In Place of Language [De:tuned]
Deux pionniers de la scène électronique britannique, une première collaboration. Graham Massey, membre fondateur des Mancuniens de 808 State, et Brian Dougans, esprit derrière Humanoid et moitié de The Future Sound of London, unissent enfin leurs univers sur le label belge De:tuned. Le résultat est tout sauf un exercice nostalgique : In Place of Language puise dans l’énergie fondatrice de la période 1989-1991 pour mieux s’en émanciper. Les quatre titres — « Optica« , « Vasco« , « Raid » et « Lucid Intervals » — dégagent une chaleur et une profondeur qui ne doivent rien à la reconstitution, mais tout à plus de trois décennies d’expérience distillées en un son à la fois intemporel et résolument tourné vers l’avenir. Un vrai blueprint pour une nouvelle vague d’expérimentation électronique.
Bad Boombox — Influences EP [Hot Meal Records]
L’exercice du name-dropping d’influences est souvent périlleux. Bad Boombox s’en sort avec les honneurs en ne cherchant pas à reproduire mais à digérer. De la puissance brute du rock zeppelinien aux syncopes funky de Boney M, les quatre titres de cet EP naviguent entre les références avec une énergie joyeusement irrévérencieuse. L’instrumentation live qui se frotte aux textures électroniques crée une friction intéressante, surtout dans un paysage hard house souvent trop homogène. C’est inégal mais stimulant, avec de vrais moments d’audace qui laissent entrevoir un projet à suivre de près.
Bellaire — Born Funky [Le Plan]
Il fallait du culot pour ouvrir son premier album avec une déclaration d’intention aussi assumée que le titre « Born Funky ». Bellaire relève le défi en construisant une maison au carrefour du disco, du jazz et de la house organique, où Cerrone répond à Tour-Maubourg dans une même pièce. La production de Bellaire respire, elle transpire, elle groove sans jamais forcer. Le mixage d’Alf Briat (Air, Phoenix) et le mastering d’Alex Gopher au Soundlab donnent au projet une finition hi-fi rare dans cet espace. Un album pensé pour traverser les espaces, de la cuisine au club, et qui tient sa promesse jusqu’au bout.
DJibouti — Tour de Dance [Maison Arts]
Le charme de Tour de Dance tient à ce qu’il ne cherche pas à impressionner. DJibouti fait de la lo-fi house comme on fait du bon pain : avec des ingrédients simples, un geste sûr et une patience que beaucoup ont perdue. Les samples poussiéreux, les caisses claires légèrement de travers, les basses rondes et grasses, tout ici sent le vinyle qu’on sort d’une caisse à 2h du matin. C’est une maison ouverte autant pour les fins de nuit que pour les lendemains mous. Pas révolutionnaire, mais terriblement juste, avec cette qualité de musique qui s’installe sans s’imposer.
Flying Lotus — 1983 [Brainfeeder]
Vingt ans après sa sortie originale sur Plug Research, Steven Ellison annonce la réédition remasterisée de son tout premier album en avant-goût : le titre éponyme 1983 est disponible dès aujourd’hui en streaming, comme une mise en bouche avant la sortie complète de l’album le 17 avril — en vinyle sur le Record Store Day le lendemain. Un teaser qui suffit à rappeler à quel point le jeune FlyLo voyait déjà plus loin que tout le monde. Fabriqué dans la chambre de sa grand-mère, nourri de J Dilla, de jazz et de syncopes brésiliennes, 1983 porte en germe tout ce qui allait suivre : Cosmogramma, You’re Dead!, Until the Quiet Comes. Rendez-vous le 17 pour redécouvrir l’œuvre dans son intégralité remasterisée sur son propre label Brainfeeder. Le cercle est bouclé.
Inigo Kennedy — Opposite Worlds [Asymmetric]
Inigo Kennedy n’a jamais été du genre à chercher la validation facile, et Opposite Worlds ne fait pas exception. Cinq titres qui déroulent une techno méticuleuse, ancrée dans la tradition Detroit tout en maintenant une exigence de sound-design très personnelle. Le morceau d’ouverture « Weightless » installe le ton avec une élégance synthétique proche de la lévitation, avant que « Decagon » ne visse les pieds au sol avec sa machine funk implacable. Le titre éponyme, avec sa parenthèse microtonale AFX-like, est le coup de grâce. Kennedy signe ici un EP qui confirme son statut de gardien discret mais irréprochable d’une certaine idée de la techno.
Mestiza — Spanish Chica [Sacro Music]
Mestiza ne fait pas dans la demi-mesure. Le duo espagnol de DJ et productrices assume pleinement son identité sonore que beaucoup auraient jugée risquée : la fusion entre musique électronique et flamenco. Spanish Chica est l’aboutissement de cette démarche, un album qui ne cherche pas à exotiser ses racines mais à les électrifier. Les palmas, les cordes et les mélismes andalous se fondent dans des structures club sans jamais perdre leur âme, portés par une production qui sait quand laisser respirer et quand appuyer. Sur Sacro Music, Mestiza signe un disque qui s’écoute aussi bien en dancefloor qu’en immersion solitaire. Une vraie réussite.
Rezz — A Shift In Perspective [Hypnovision]
Rezz continue de sculpter son propre cosmos avec une cohérence qui force le respect. A Shift In Perspective pousse son hypnose caractéristique vers des territoires électro plus sombres et plus cinétiques, où la tension narrative remplace les explosions faciles. Le sound-design est d’une précision parfaite : chaque texture entre en scène au bon moment, chaque montée est dosée pour créer un sentiment d’inéluctabilité. C’est une musique qui n’attend pas que vous la rejoigniez, elle vous aspire. L’EP arrive à point nommé avant REZZ ROCKS VIII et son retour à Coachella. La trajectoire est claire et impressionnante.
SAAVAN — Pure [Yotanka Records]
Le duo parisien signe ici l’une des sorties les plus inattendues de ce printemps. Pure est une mue radicale : exit le downtempo de coucher de soleil, place à une électronique plus désenchantée, plus nocturne, traversée d’influences aussi hétéroclites que Mount Kimbie, James Blake ou Tyler The Creator. La voix de Claire plane sur des nappes synthétiques qui avancent sur des terrains instables, parfois proches du trip-hop, parfois d’un bedroom pop électronique mélancolique. C’est une bande-son d’insomnie de haute tenue, portée par une liberté créatrice qui fait du bien. SAAVAN ne fait plus semblant : ils s’affranchissent, et ça s’entend.
Sara Landry & Godtripper — Hekataia EP [Hekate Records]
Sara Landry n’a pas besoin de démonstration de force pour marquer les esprits. Sur Hekataia, elle co-signe avec Godtripper un EP qui impose son atmosphère dès les premières secondes : une techno ritualiste, sombre et organique, en parfaite adéquation avec l’identité du label Hekate Records. Le propos est dense, les textures lourdes, le rythme implacable. C’est la bande-son d’un rite de passage plutôt que d’une nuit de fête, et c’est précisément ce qui en fait sa force. Un EP à réserver aux systèmes son qui savent en restituer toute la profondeur.
L’artiste à suivre
7t2names — Traces
Cinq titres, deux mondes : celui du club tardif et celui de l’introspection mid-tempo. Traces est un EP qui avance masqué — on croit d’abord à de l’électro-pop sage, et puis « Something’s Weighing Me Down » ou « Reach Up for Your Crown » révèlent une urgence rythmique et une amplitude émotionnelle qui surprennent. Le travail co-réalisé avec Tareq (Boys’ Shorts) donne une cohérence de production rare pour un projet de cette envergure. Soutenu par Radio X et John Kennedy, 7t2names construit discrètement un univers à part, où le dancefloor est un espace de guérison autant que d’exaltation. À surveiller de très près.
Autres sorties notables
- AFROJACK, Sia, David Guetta — Awake Tonight
- AIROD, Portex, DOOLIE, Elixyr — Body In Automatic
- Amelie Lens — Whatever You Do
- Anyma, LISA — Bad Angel
- Fakear — Reste Là
- Francis Mercier, Jawora, Neyl, Jesse Boykins III — Believe in Us
- Green Velvet, Harvard Bass, Adam Beyer, Massano — Lazer Beams
- Jordan Peak — Escape
- KE-YEN, Respondent — Make Dat Booty
- Kygo, Carter Faith — That’s When You Know
- Novah — Rave Never Ends
- Opäk — Spi
- Partiboi69 — Redline
- Petit Biscuit — Soft Bleeding
- 6EJOU — Amor Sin Vida
- Stan Christ, Mr. Polska — Bad Pills
- The Chainsmokers, Oaks — Echo



