D’Inigo Kennedy à Polar Inertia, en passant par Haute & Freddy, Kungs ou RABBeAT, tour d’horizon des sorties qui ont animé la semaine du 9 mars.
Art School Girlfriend – Lean In
Deux ans après Measures of Joy, Codie Mackintosh revient avec un troisième album qui resserre encore les boulons. Lean In taille dans l’électronique texturée avec une économie de moyens radicale : peu d’ornements, des arrangements pensés couche par couche, une voix traitée à froid. La Galloise ne cherche pas l’immédiateté, elle construit des morceaux qui demandent plusieurs écoutes avant de livrer leur logique interne. C’est le genre de disque qui divise au premier passage et qu’on ne lâche plus au troisième. Discret, précis, et bien plus solide que la concurrence shoegaze du moment.
Bellaire – « Close To Me »
Single d’annonce avant l’album Born Funky du 10 avril, « Close To Me » donne le ton : Bellaire reste dans sa voie, et elle est bien tenue. Le Néerlandais livre une house propre, mid-tempo, avec une ligne vocale qui accroche sans forcer. Rien de révolutionnaire dans la structure, mais une maîtrise des dynamiques qui distingue les bons producteurs des très bons. Le drop est discret, les arrangements respirent, et le morceau fait ce qu’il a à faire sans s’épuiser à le prouver. L’album d’avril sera le vrai test mais ce single ne donne pas de raisons de s’inquiéter.
Haute & Freddy – Big Disgrace
Michelle Buzz et Lance Shipp ont construit leur réputation vite et bien : Fresh Finds, Lorem, Artists to Watch 2026 chez Spotify, et « Shy Girl » placée dans cinq productions ciné et TV avant même le premier album. Big Disgrace arrive chez Atlantic avec un univers déjà en place — synth-pop vintage, énergie nu-disco, théâtralité débridée. Leur fanbase débarque costumée en bouffons à leurs concerts et parle vieux français dans les commentaires. Le carnaval est organisé, et ça marche.
Inigo Kennedy – Unstable Isotopes
Inigo Kennedy ne fait pas de concessions et n’en a jamais fait. Unstable Isotopes prolonge une discographie qui tient depuis les années 90 sur un principe simple : techno dense, architecturale, sans fioriture. Les kicks sont précis, les textures froides, le low-end travaillé avec une rigueur qui rappelle pourquoi le Britannique reste une référence discrète mais solide de la scène. Pas un disque pour tout le monde, c’est exactement son intérêt. Dans un registre saturé de techno cosmétique, Kennedy fait du son qui tient debout sans décoration.
Jeremy Olander – When The Rain Falls
Olander prend son temps, et When The Rain Falls l’assume complètement. Le Suédois construit sa progressive melodic techno sur des arches longues, des montées qui ne se précipitent pas, des synthés qui s’étirent sur plusieurs minutes avant de résoudre leur tension. C’est exigeant à l’écoute, délibérément anti-climax par moments — et c’est précisément ce qui le distingue dans un registre où la surenchère est devenue la norme. Vivrant Records confirme sa cohérence éditoriale. Un disque taillé pour une écoute en entier ou pas du tout.
Kungs – Out Loud
Out Loud arrive comme prévu, sans surprise et sans accroc. Kungs fait de la house pour les festivals en plein air. C’est son droit, et son public est là. Mais sur dix titres, l’impression d’avoir déjà entendu ça quelque part ne quitte jamais vraiment l’écoute. La production est irréprochable techniquement, les vocaux cochent les cases. Ce qui manque, c’est le grain de sable, l’accident, le moment qui dérange. Out Loud est un disque sans défaut et sans risque, ce qui, dans la house de 2026, est un peu dommage. A écouter tout de même pour se faire son propre avis.
Lonely in the Rain – Endless Melancholia
350 millions de streams, trois certifications, et une sortie vinyle signée à la main depuis son studio, le producteur français fait les choses à sa manière depuis 2018. Endless Melancholia mêle électronique, instruments acoustiques enregistrés en live et voix de collaborateurs internationaux dans une veine chill-pop héritée d’ODESZA et Emmit Fenn. Le projet est cohérent, bien produit, et l’approche DIY pour le physique — chaque vinyle préparé et expédié directement par l’artiste — dit quelque chose sur la relation qu’il entretient avec son public.
Novah – « Rave Kid »
Avant son premier EP annoncé pour le 12 juin, Novah pose « Rave Kid ». Le morceau est direct, calibré pour le dancefloor tardif, avec une production qui ne s’embarrasse pas de détours. Le titre dit ce qu’il est : de la musique de rave, assumée, sans ironie distante. Si l’EP va un peu plus loin, Novah a de bonnes chances d’encore faire parler d’elle cet été. Single à garder en tête.
Polar Inertia – ∏
Quinze ans après Indirect Light, Polar Inertia tire sa révérence avec ∏ — dernier chapitre d’une saga science-fiction sérielle, une des rares à avoir tenu sur la durée dans la techno. Onze titres, la plupart au-delà des dix minutes, entre techno industrielle, ambient glaciale et noise abrasive. La narration des Polar Children y atteint son point de convergence finale. Masterisé par sixbitdeep, édité chez Mama Told Ya d’Anetha, limité à 300 copies, sans repressage. Un projet qui a toujours fonctionné hors des cases — cette sortie ne fait pas exception.
Tiga – « Friction »
Avant l’album du 16 avril, Tiga remet les pendules à l’heure avec « Friction ». Le Canadien n’appartient à aucune scène en particulier — électro froide, new wave synthétique, ironie sèche — et c’est toujours ce décalage qui rend ses sorties intéressantes. Le single est clinique en surface, construit sur une tension qui monte sans jamais éclater franchement. Exactement le type de morceau qu’on joue à 2h du matin pour recadrer un set qui partait trop vite. L’album s’annonce comme l’un des rendez-vous du printemps électronique.
Les artistes à suivre :
RABBeAT – The Parable of Life
Douze titres, une vie entière racontée à rebours, une citation de Jean-Louis Trintignant en intro. RABBeAT, Lyonnais passé par le blues, le rap, le metal et l’IDM avant d’envoyer un track à Manu le Malin un soir de sortie de club, sort son premier album sur MKNK avec une ambition rare dans le hardcore : faire de la catharsis quelque chose d’épique. L’industrial y côtoie Kid Cudi repris par Lissie, Joe Dassin, et la musique d’un dessin animé — sans jamais tomber dans le kitsch. Brutal et émotionnel, violent et lumineux. Pas tiède une seule seconde.
Eamon Harkin – The Place Where We Live
Vingt-cinq ans à construire des salles avant de construire un disque. Fondateur de Mister Saturday Night, Mister Sunday et Nowadays, Eamon Harkin n’arrive pas au format album par hasard, il arrive avec un bagage de curateur qui s’entend dans chaque choix de production. The Place Where We Live navigue entre house, techno et ambient sans forcer la démonstration. Le titre emprunte à Winnicott — l’espace psychique entre soi et le monde — et colle à la trajectoire d’un immigrant irlandais installé à New York depuis deux décennies. Un premier album tardif, dense, qui sonne comme un bilan sans en avoir la lourdeur.
Autres sorties notables :
- Swimming Paul, Bobbie Johnson – « Problemsss »
- Nacim Ladj – « Human »
- Diljit Dosanjh, Sia, David Guetta – « Ranjha »
- Malugi, Sam Harper – « I Feel The Love »
- Vitaline – « Move Inside »
- Part Time Killer, Paraçek – « Mr. Brightside »
- Martin Garrix – « Catharina »
- DJ Heartstring, Baugruppe90 – « What Music Felt Like In 2007 »
- Malaa, Samuel Moriero – « F The Police »
- Chris Stussy – « Darkness »
- DJ Fuckoff – « imma freak »
- Cucina Sonora – « Basel »
- Vitess – « RR1 »
- Nene H – « Un Violador En Tu Camino »








