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DRIFT x MYD ARTWORK

Myd et DRIFT : rencontre entre deux producteurs français majeurs

Publié le 10 février 2026

Mon premier est l’un des producteurs français les plus importants de ces trois dernières décennies, aux manettes derrières des classiques signés Manu Chao, Amadou & Mariam, Oxmo Puccino ou Jane Birkin. Mon second est l’une des figures de proue de la scène électronique française, dont les productions au sein de Club Cheval puis en solo sur le label Ed Banger ont fait danser bien au-delà des frontières de l’hexagone. Des trajectoires différentes, qui rendent la rencontre de ces deux univers particulièrement intéressante à analyser. Alors que Myd vient de remixer ‘At The Party’, titre éponyme du projet DRIFT de Renaud Letang, sur lequel ce dernier invite des figures aussi prestigieuses que variées (Connan Mockasin, Benny Sings, Philippe Katerine, Feist), nous avons confronté la vision artistique de ces deux artistes, plus proche qu’il n’y parait… 

Comment vous êtes-vous rencontré et avez décidé de travailler sur ce remix ? 

Renaud Letang : On connaît plein de gens en commun. On s’était croisé mais on ne se connaissait pas plus que ça. Mais je savais où je mettais les pieds, il y avait quelque chose d’évident.

Myd : On travaille tous les deux avec Manu Baron. Je bosse avec lui depuis 15 ans, il a toujours de bonnes idées et de bonnes connexions, je lui fait totalement confiance. Ça a été encore le cas cette fois-ci. Je connais et respecte le travail de Renaud depuis longtemps, et la musique est bonne… Pour faire un remix, il faut déjà que j’aime le morceau original, et que j’ai une idée. J’étais en tournée et j’ai rapidement eu l’idée de ce remix acid. J’ai testé ça et ça a marché, ça m’a plus direct. J’ai testé les premières versions en club assez rapidement et ça l’a fait, et voilà ! 

Entre le groove, la voix de Conan Mockassin et l’atmosphère générale, le titre original semblait taillé pour toi. C’est comme ça que tu l’as ressenti ? 

Myd : Forcément ! Je n’ai jamais caché mon amour de Conan Mockassin ou de Philippe Katherine, que je croise régulièrement en festival et avec qui je m’entends très bien. C’est aussi le piège quand tu remixes un morceau que tu aimes et qui ressemble à tes goûts, tu as peur d’y toucher. Ça m’allait bien de faire une version radicale pour sortir un peu des évidences. 

Renaud : C’était aussi une volonté de ma part de ne pas avoir une autre version pop. Ça n’aurait eu aucun sens. La prod du morceau a un côté indie rock qui ne se veut pas imposante, et refaire une version pop aurait été très dur à faire. Là c’est une toute autre interprétation du morceau, tout en gardant une certaine émotion. Le côté radical de ce remix, c’est ce qui m’a plu tout de suite. C’est dur de faire quelque chose qui soit différent mais dans un même tempo, qui respecte une structure… Celui-ci est ultra stylé. 

Lire aussi : les premières fois de Myd

Bien que vos carrières suivent des chemins différents, quels sont les dénominateurs communs dans vos approches créatives ?

Renaud : Je pense qu’on a les mêmes goûts. On va aimer les mêmes morceaux. Je pense ne pas me tromper, et je te laisse me corriger Quentin, mais je pense que si on écoute Connan Mockassin, du rap ou de la funk, on va s’arrêter sur les mêmes choses. Même si on ne fait pas le même genre de musique, on va se retrouver dans les harmonies, les groove, dans le fait de ne pas vouloir imposer un son énorme. 

Myd : Complètement, on va placer le charisme avant quoi que ce soit d’autre, que ce soit la puissance ou autre chose. Quand tu écoutes, soit c’est cool soit ça ne l’est pas. Pendant que je travaillais sur le morceau, Renaud trouvait qu’une ligne de basse pouvait être améliorée et on s’est retrouvé à collaborer sur le remix, là où la plupart du temps, sur ce type d’exercice, tu vas juste avoir des retours pas très clairs sur la direction plus globale du morceau. Là c’était limpide, je lui ai envoyé la ligne de basse qu’il a recalée, et en effet c’était mieux. 

Renaud : Il n’y a pas une manière meilleure qu’une autre de voir la musique, mais il y a pour nous des paramètres qui doivent être là quoi qu’il arrive : la vibe, le groove, le style et l’attitude. C’est ça notre truc. Pour d’autres musiques, certains vont vouloir que la reverb soit hyper stylée pour que ça fasse gothique, et le groove ils s’en foutent, ce n’est pas ce qui est important dans leur musique. Chilly Gonzales, c’est la même chose que nous, ce sont les mêmes goûts. Même quand on écoute du rock ou du jazz, on se retrouve dans une harmonie, une finesse spécifique… C’est presque une philosophie, que l’on peut appliquer à plein de styles de musique. 

Myd : Je suis d’accord. J’ai l’impression que quand un Gonzales te contacte ou quand on vient me chercher pour travailler avec moi, c’est aussi pour ça. On ne vient pas me chercher pour la puissance de mes kicks. On préférera toujours quelqu’un qui rentre dans une pièce et qui porte des fringues chelous mais qui lui vont bien à quelqu’un qui porte un costard hyper cher. 

Renaud, après une fructeuse carrière à travailler dans l’ombre des grands noms de la musique, qu’est-ce qui a motivé ta décision de lancer ton propre projet, DRIFT ?

Renaud Letang : Ça fait longtemps que je fais ce métier et que je suis connu pour faire des chansons. Dans ce projet j’avais envie d’aller ailleurs, donc il n’y a qu’un titre avec une structure de chanson, avec couplets et refrains, celle que Myd a remixé. Le reste est complètement déstructuré, j’avais besoin de ça. Et que ce soit franc. Il n’y a quasiment pas d’effets, ce ne sont que des bons sons avec des bonnes parties bien réalisées.  Il n’y a pas de surplus, de filtres. Je me suis rendu compte en tant qu’artiste que dès que je mets trop de reverb quelque part ça ne me va plus, alors que je peux apprécier en mettre sur la musique des autres. C’est ce qui détermine la patte de chaque artiste, on a tous nos trucs. Il y a des choses que tu ne supportes pas et tu ne sais même pas pourquoi.- C’est super intéressant à développer. C’est comme un peintre qui a ses deux pinceaux, ses trois couleurs, et tout le reste ne lui va pas. J’ai beaucoup bossé ça pour que ce soit le plus sincère possible. Ça faisait des années qu’on me demandait pourquoi je ne faisais pas d’album. Quand j’ai fait ‘Clandestino’ j’avais 27 ans, et déjà à l’époque on me posait la question. J’ai travaillé avec des artistes très talentueux depuis que je suis jeune, donc je me disais « reste à ta place ». En étant aux côtés d’artistes si talentueux, je n’imaginais pas me permettre de me lancer. Au fil des ans, mes potes m’ont dit « arrête, tu as plein de choses à raconter. » Ça a pris du temps, j’avais besoin de me sentir crédible. Maintenant je m’amuse, j’ai pris confiance. 

Myd, tu viens de lancer ta tournée, qui passera au Centquatre, à Paris, le mois prochain. Comment ça s’annonce ? 

Myd : J’ai trop hâte. J’ai déjà joué le live en festival mais là j’ai plus de temps, j’ai mon public, donc j’ai envie de faire plaisir. J’ai ajouté des morceaux dont des classiques que les gens seront contents d’entendre. Le live, c’est aussi une manière pour moi de réinventer les titres, de les remixer, de les mélanger les uns aux autres… 

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