Interview : Warehouse Nantes | DJMAG France - Suisse - Belgique

Rencontre avec les créateurs du club qui ambitionne de devenir le numéro 1 français au Top100Clubs.

Ouvert en 2017 à Nantes, le Warehouse s’est imposé en seulement quelques années comme l’une des nouvelles places fortes du clubbing en France. Preuve en est, après une belle entrée au Top100Clubs en 2020, l’établissement s’est hissé l’année dernière à la 86e position – devenant le deuxième club français du classement derrière l’historique Rex Club. Un succès que le Warehouse doit notamment à son incroyable programmation. Accueillant aussi bien les stars mainstream de la dance music (Kungs, Martin Solveig, Bakermat…) que des ténors de la scène underground (Charlotte de Witte, Laurent Garnier, The Blessed Madonna…), des collectifs locaux ou même des concerts bien éloignés des sonorités électroniques, le club peut également se targuer d’être devenu l’un des rares lieux capables d’attirer certains gros noms peut habitués à se produire dans les clubs français. Créateurs du Warehouse, Quentin Le Henaff, Philippe Bernard et Simon Boisson nous disent tout sur ce lieu unique en son genre qui veut désormais devenir le numéro 1 français au prochain Top100Clubs.

Comment s’est passé votre réouverture en février ?

Nous étions très heureux de pouvoir enfin rouvrir nos portes et avons démarré avec une belle énergie sur les premiers jours d’ouverture. Après ça nous avons rapidement senti l’effet psychologique du climat global entre les résidus du COVID, la guerre en Ukraine, l’explosion du tarif du carburant, etc. L’ensemble a mis un vrai frein à nos activités et nous a obligé de faire de plus gros efforts, un plus gros travail, pour continuer à toucher notre public. On perd notamment une bonne partie des gens qui viennent de loin et qui font des gros trajets en voiture sans parler de ceux venant de l’étranger perdus depuis la crise COVID. Donc c’est un redémarrage qui est plus difficile qu’attendu.

Au Warehouse vous accueillez énormément d’artistes et des artistes très variés. On retrouve aussi bien des DJs assez mainstream que des figures de la scène underground ou même des concerts live et des propositions plus insolites. Comment avec cet éclectisme vous définissez l’identité du Warehouse ?

Pour nous la base reste la même : l’aspect technique. Que ce soit le son et les lumières, la scénographie, il y a un travail qui est fait à chaque évènement et le public vient chercher une expérience. On a ouvert un lieu pour satisfaire tous les publics. Ceux qui écoutent de la techno écoutent peut-être aussi de la house et peut-être qu’ils vont aussi être clients de la We Are Kitsch.

Est-ce que vous vous mettez quand même des limites dans les propositions que vous accueillez ?

Non, le cœur de notre projet est justement d’être ouverts au maximum. C’est ça l’identité du Warehouse. Offrir un spectacle de qualité festival à un maximum de personnes et d’être chaque soir différent. Donc il y a aucune limite sur le côté artistique et on le voit bien en ce moment. On a quand même Chantal Goya qui va venir la veille de Fisher et le lendemain de Boys Noize. Ça en dit long sur ce qu’on fait chez nous (rires). Sans oublier la partie concert qu’on essaie de renforcer et où on accueille des courants musicaux toujours plus différents.

Vous évoquez la dimension festival que vous voulez donner au Warehouse. Avec un regard extérieur on peut parfois se dire que le festival et le club sont deux expériences radicalement différentes. Comment vous arrivez à injecter cette dimension festival dans votre club ?

On fait énormément d’efforts sur l’aspect scénographie, lumières, vidéo, etc. Cela permet vraiment de retranscrire l’expérience que l’on peut avoir en festival. On est sur un site qui est très grand avec plusieurs salles, une partie extérieure assez importante avec un immense fumoir. Il y a aussi ce côté où l’on peut se promener sur le site changer complètement d’ambiance. Même par exemple pour le vestiaire qui n’est pas à l’entrée mais à l’intérieur et facultatif. On a aussi tout le volet prévention et sécurité avec entre autres la Protection Civile qui est quasiment tous les jours sur place avec une infirmerie que nous avons créée pendant la fermeture COVID.

Pour revenir à la programmation, vous accueillez et vous avez déjà accueilli un nombre assez impressionnant d’artistes. Est-ce qu’il y a encore aujourd’hui des noms que vous rêveriez de voir jouer au Warehouse ?

Il y en a pas mal (rires). Il y a notamment Carl Cox qu’on essayait déjà d’avoir avant l’ouverture, Solomun, Eric Prydz, Peggy Gou, DJ Snake, David Guetta... En gros tous ceux qui tournent en festival ou dans des gros clubs à l’étranger. Ce sont des artistes qui sont un peu hors de portée pour la France financièrement parlant donc c’est beaucoup de travail, beaucoup d’échanges. Mais on ne les lâche pas (rires).

Est-ce que le fait d’être situé à Nantes peut être un frein pour réussir à faire venir certains gros noms ?

Oui c’est toujours plus dur qu’à Paris parce qu’il y a beaucoup, beaucoup moins d’habitants. La masse de clients disponibles à moins d’une heure est extrêmement faible par rapport à ce que l’on peut avoir dans une capitale. Donc forcément le travail est plus dur. Mais avant le COVID on avait quand même une bonne part de public international qui arrivait en avion, etc. C’est quelque chose qu’on a perdu avec le COVID et qui peine à redémarrer. On n’est pas encore revenu à ce que l’on était avant le COVID. Sur les artistes c’est la même problématique. Les agences de booking veulent non seulement des capitales mais aussi parfois des sites immenses avec plus de 5000 personnes de capacité. Quelque chose que l’on ne pourra jamais avoir à Nantes et difficilement dans un club en France. Donc le combat de la programmation est hyper fort et on est obligé de maintenir un niveau de qualité très élevé sur tous les sujets. D’autant plus qu’on n’a pas les moyens de pays étrangers où il n’y a pas de taxes, pas de SACEM, où les salaires coutent un quart de moins de ce qu’ils coutent ici. Donc forcément ils ont des capacités financières plus importantes et avec la mondialisation, on rentre en concurrence avec eux. Et le COVID a renforcé ça parce que les artistes ont été chercher d’autres pays qui eux n’ont pas fermé leurs clubs, ils ont tissé des liens ailleurs et la demande mondiale a augmenté. C’est devenu encore plus difficile aujourd’hui d’avoir certains artistes.

En parlant du public international, il y a quelques temps vous aviez lancé des campagnes de communication qui ciblait ce public. En quoi c’est important pour vous d’aller chercher cette audience et d’être un club qui ne se limite pas aux seules frontières de la France ?

On a toujours eu cette volonté d’être un club international. Et pour prétendre à ça on doit forcément faire venir un public provenant de différents pays. Juste avant le COVID nous avions effectivement lancé cette communication internationale à l’occasion du Top100Clubs. Nous relançons à nouveau cette campagne en espérant que rien ne vienne cette fois-ci la bloquer.

Transition parfaite pour évoquer le Top100Clubs. L’année dernière non seulement vous avait consolidé votre place dans le classement mais vous avez même progressé. Est-ce que dans le contexte que l’on connait, avec la crise sanitaire et un club fermé, vous vous attendiez à un tel résultat ?

On était un peu surpris mais on a aussi bien fait le travail. Avec We Are Alive notamment, on a invité 130 artistes à faire des lives pendant le COVID on ne s’est pas arrêté. On est resté connecté culturellement parlant, aussi bien auprès des artistes que des visiteurs, et cela a payé.

Pour cette année l’objectif annoncé est de devenir le premier club français du classement ?

On a ce combat depuis le début et notre objectif final est de rentrer dans le top 30 monde. Mais la compétition est rude, surtout avec l’arrivée de tous les clubs asiatiques qui frappent très fort.

En attendant de découvrir les résultats du Top100Clubs, quels sont les grands rendez-vous qui vous attendent au Warehouse ?

Dès ce dimanche 17 avril on va accueillir Fisher pour une de ses seules dates françaises. Quand on évoquait les artistes qu’on a du mal à avoir, lui il en fait clairement partie. On peut aussi parler du retour de Malaa le 23 avril ou de The Avener le 30. En mai on a Pan-Pot qui vient pour la première fois à Nantes sur une date avec HI-LO (l’alias techno d’Oliver Heldens) ou encore Mr Oizo qui vient avec la team Ed Banger le 21 mai. Et puis à la rentrée on aura deux concerts avec Marc Rebillet et Meute, respectivement les 10 et 17 septembre.

Est-ce que l’on peut aussi s’attendre à un programme spécial pour cet été ?

Oui tout à fait. On relance le Summer Of Warehouse. On va par exemple accueillir DJ Bens tous les mercredis de l’été. Le jeudi on mettra l’accent sur les résidences des jeudis que l’on programme toute l’année. On a plusieurs concepts dont un qui s’appelle Never Experience et un autre qui s’appelle Fuego. Le vendredi sera axé house, techno et hard-techno. Et on termine la semaine avec la We Are Kitsch et un invité surprise tous les samedis. Le tout, sans oublier notre deuxième salle qui est ouverte tous les soirs et où on soutient la scène locale, les collectifs, les artistes du Grand-Ouest, etc.

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