Interview : ABSOLUTE. | DJMAG France - Suisse - Belgique

Avec sa mixtape ‘Wonderland’ qui oscille entre house, techno et disco, le producteur connu comme l’une des figures majeures de la scène LGBTQ+ londonienne nous livre la bande-son parfaite pour célébrer le retour sur les dancefloors.

ABSOLUTE. est un artiste aux multiples talents. Après être devenu l’une des figures incontournables des soirées LGBTQ+ londoniennes et avoir démontré tout son savoir-faire de DJ avec des passages remarqués par Glastonbury, Creamfields ou le mythique Fabric, le voici qui s’impose aussi comme un producteur à surveiller de près. Avec ‘Wonderland’ sorti en mai dernier, ABSOLUTE. convoque tout l’héritage de la dance music britannique le temps d’une mixtape qui oscille entre house, techno, jungle ou disco. En résultent 18 titres dansants à souhait et parfaits pour accompagner notre retour sur les dancefloors.

Avant de sortir ‘Wonderland’ et tes premiers morceaux, beaucoup de monde te connaissait déjà en tant que DJ. Comment as-tu commencé à produire ta propre musique ?

Je touche un peu à la production depuis mon adolescence et ça a progressivement grandi en moi. Ça a été un processus très naturel. Mais il y a cinq ans j’ai vraiment décidé de me concentrer sur la musique. Il y a quelques années j’ai arrêté d’organiser des soirées en club. J’ai organisé de magnifiques soirées underground queer à Londres pendant huit ans. Ça a été une expérience géniale mais à ce moment je savais que mon cœur était à faire de la musique. Donc même si le clubbing me permettait de payer mes factures, j’ai décidé de me concentrer sur le projet ABSOLUTE.. Et c’est à ce moment que les choses ont commencé.

Comment est né ‘Wonderland’ ?

Juste avant le confinement je venais de jouer pour le Mixmag Lab, j'avais un morceau élu Essential New Tune par Pete Tong, j’allais être joué sur BBC Radio 1 et j’allais partir en tournée avec 808 State. Et puis d’un coup tout s’est arrêté. C’était assez déprimant. A ce moment j’ai commencé à suivre des cours d’inspiration créative avec un gars nommé Mike Monday. Ça a tellement aidé ma créativité que j’ai fini par faire 110 démos en seulement deux semaines, ce qui est probablement la plus grande quantité de travail que j’ai jamais faite. Et ça a été aussi le point de départ pour ‘Wonderland’.

A l’heure du streaming, et tout spécialement dans la musique électronique, de nombreux artistes se contentent de sorti uniquement des singles ou des formats courts comme des EPs. Toi tu arrives avec une mixtape de 18 titres. C’était important pour toi de présenter un ‘vrai’ projet sur un format plus long ?

Oui totalement. J’avais une telle quantité de travail et je voulais vraiment montrer tous les styles qui composent mon univers. Aussi bien des sons de rave que des choses qui marchent au sein de la scène LGBTQ+ londonienne, qui est la scène d’où je viens. Donc pour moi c’était important de montrer toutes mes influences et d’avoir une œuvre unique que les gens pourraient utiliser pour s’échapper des confinements que l’on vivait à ce moment-là. C’était comme un antidote face aux confinements et de l’écrire était pour moi une façon de me faire une prescription pour m’aider à affronter tout ça.

Est-ce que ce n’était pas étrange de faire de la dance music à un moment on le monde entier était privé de danse ?

C’était un peu difficile mais pour moi c’était aussi thérapeutique. Comme si j’avais besoin de faire ce genre de musique pour me permettre d’aller dans un espace où je serai libre et heureux.

Est-ce qu’au moment de commencer à faire tes démos tu avais déjà une ligne directrice de ce que tu voulais faire et de vers où tu voulais emmener ta musique ?

Non j’ai juste profité d’être dans un moment créatif pour commencer à écrire. Avec le confinement j’avais plus de temps libre pour explorer et essayer de nouveaux sons, de nouvelles façons de travailler. Donc ça a été un processus très graduel. J’ai écrit beaucoup de musique et après j’ai vu ce que ça donnait.

Tu le disais, ‘Wonderland’ reflète tes nombreuses influences musicales. Est-ce que tu as écouté des titres ou des artistes en particulier pour t’aider à trouver ton inspiration ?

Quand j’étais à l’école j’étais obsédé par la musique électronique et j’écoutais tout le temps des vieilles cassettes de rave. Donc j’ai d’une certaine façon toujours eu ça en moi. Mais j’ai redécouvert un amour pour le hardcore et la rave pendant le confinement. Je trouve que c’est une musique très libératrice qui est vraiment l’opposée d’être enfermé en confinement. Donc je suis vraiment retombé dedans et ça a été une belle coïncidence qu’à ce moment je découvre aussi que le lieu où j’étais confiné avait été par le passé un lieu de rave nommé Wonderland Arena. 30 ans plus tôt il accueillait Frankie Knuckles, Carl Cox ou The Prodigy. C’était vraiment au moment où les raves étaient à leur sommet et ce lieu en était un des lieux incontournables à Londres. Donc c’est une belle coïncidence de voir que 30 ans plus tard, cette musique a été d’une certaine façon préservée dans ces murs et j’ai pu l’absorber et la rejouer pour les nouvelles générations. L’univers m’indiquait que j’étais sur le bon chemin (rires).

On peut voir que tes influences sont très ancrées dans les années 90. Est-ce que tu es nostalgique de cette période ou est-ce que tu penses que la musique était mieux à ce moment ?

Je pense surtout que comme j’étais très jeune à l’époque, cette musique a vraiment eu un effet très fort sur moi. Et j’essaie vraiment de ramener ces moments qui m’ont marqué pour que les nouvelles générations puissent aussi les découvrir. Avec ma musique j’essaie de reprendre à ma sauce plein de choses différentes et je puise mon inspiration dans tout un tas de lieux et périodes différentes. Mais c’est vrai que cette mixtape a été très inspirée par les raves des années 90.

En parlant d’influences différentes, loin des raves des années 90 sur ‘Wonderland’ il a aussi ce morceau ‘Sage comme une image (Good as Gold)’ où tu remixes un titre de Lio. Pourquoi ce choix et comment as-tu découvert Lio ?

J’adore ce morceau ! C’est l’un de mes morceaux disco préférés. Même si c’est en français, peu importe le langage on peut vraiment ressentir quelque chose. Et d’ailleurs quand je l’ai découvert je ne comprenais pas ce qu’elle chantait, j’adorais juste la musique et la mélodie. Je l’ai découvert sur Youtube, lors d’une de ces sessions où l’on finit par se perdre. On part d’un morceau et on finit par tomber sur quelque chose de totalement différent (rires). Et quand je suis tombé sur ce titre, j’ai tout de suite su qu’il fallait que je fasse quelque-chose avec.

Le 19 juin tu as donné le tout premier concert de ton nouveau live show. Comment s’est passé ce retour sur scène ?

Honnêtement, c’était magique. Il y avait tellement d’énergie et d’amour dans la salle. J’étais stupéfié. J’ai fait ma musique pendant le confinement donc je n’avais pas encore eu la chance d’interagir avec mon public. Je ne savais même pas s’il y avait vraiment des gens qui avaient écouté ma musique ou l’effet qu’elle pouvait avoir sur eux. Donc ça a été un moment magique et je crois que j’avais besoin de ressentir ça.

Comment as-tu préparé ce live show et en quoi diffère-t-il d’un DJ-set ?

Je crois que j’ai du travailler dessus pendant sept mois. Les restrictions sanitaires ne faisaient que changer donc on devait aussi changer la date, etc. Avec ce live show j’utilise un Ableton Push et des logiciels Ableton qui forment le hub central. J’ai aussi deux contrôleurs XONE:K2, une boite à rythme Roland, un Roland Jupiter-X. Avec le live show j’essaie vraiment de créer quelque chose de nouveau. Je mélange différents éléments de mes morceaux pour garder une même énergie et à la fin j’ai aussi du chant en live pour permettre d’élever l’ensemble et de faire un beau final tout en énergie.

Quelle est la suite pour toi maintenant ?

Je viens de faire un guest mix pour The Blessed Madonna sur Radio 6. J’ai aussi fait un minimix pour Annie Mac sur Radio 1. Je vais jouer au Warehouse Project, j’ai quatre dates en Ecosse, je vais jouer en Croatie pour le Hideout Festival. J’ai aussi ma tournée avec 808 State qui a été reportée en novembre il me semble. Il y a tellement de choses sur mon agenda que j’en oublie mais je crois que l’essentiel est là (rires).

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