David Asko fête ses 25 ans de carrière avec un live stream spectaculaire | DJMAG France - Suisse - Belgique

Artiste, producteur, engagé et militant depuis 1995, adepte d’une Techno sombre influencée par ses années de rave, David Asko a acquis une solide expérience en tant que DJ et promoteur au cours des 25 dernières années...

Ce mercredi 9 décembre à 20h00, le DJ-producteur français David Asko proposera un live-stream vidéo spectaculaire depuis sa page Facebook, avec en point d'orgue la célébration d'un quart de siècle d'activisme techno. Habitué à tourner en club aux quatre coins de la planète, il a subi la crise du Covid de plein fouet et douté de sa capacité à la surmonter en tant qu'artiste, éprouvé par le combat qu'il a dû mener pour faire valoir les revendications de toute la scène "Club" hexagonale. Résilient et passionné, il compte sur ce live vidéo pour tourner la page et fêter dignement ses 25 ans de carrière... Interview !


Roselyne Bachelot a tenu des propos révoltants et inacceptables. Elle est déconnectée de la réalité du terrain culturel, la musique électronique est pour elle une sorte d'ovni dans le paysage musical français.


25 ans de carrière, ça nous renvoie forcément à un autre monde en matière de clubbing… Que retiens-tu de cet univers, à tes débuts, à la fin des années 90 ?

Effectivement, cela nous renvoie à des choses bien différentes. J'ai commencé à sortir très jeune dans les clubs plus généralistes qui diffusaient de la new wave et de la disco, j'avais 14-15 ans à peine. J'écoutais secrètement déjà beaucoup de musique électronique depuis mes premières années au collège via des radios pirates et l'échange de cassettes avec des amis. Mais je ne me retrouvais pas dans ces clubs et surtout la musique diffusée, j'ai alors très vite découvert les rave party et à 16 ans j'ai pris une grosse claque musicale visuelle ! C'était une "ravelation" ! Je m'y suis vite senti à l'aise, libre et entouré de gens festifs et bienveillants. J'ai tout de suite commencé à acheter mes premiers vinyles / platines et à apprendre à mixer. Quelques mois plus tard, je commençais à faire des warm up dans la salle techno du Moulin Rouge près de Lyon. J'avais la conviction que tout cela allait être mon futur et ma vie ! Dans ces années-là il n'existait pas encore de réels clubs "techno", certains avaient juste une petite salle dédiée à nos musiques mais c'est tout. L'essentiel se passait dans les raves. C'est ensuite que les clubs généralistes s'ouvraient à la house et techno (surtout en province), Paris et d'autres villes françaises avaient déjà franchi le pas.

Es-tu de ceux qui pensent que « c’était mieux avant » ?

Oui et non ! Certaines choses étaient mieux avant, comme l'humain qui était au centre de la fête, il était beaucoup plus simple de se faire des amis (des vrais, avec qui je le suis encore aujourd'hui) et un réseau pro fidèle. Puis, à cette époque, on découvrait tout cela, c'était nouveau. Il est donc logique de se dire oui, c'était mieux avant, parce qu'on découvrait quelque chose d'inédit ! Aujourd'hui, tout est bien différent ! Internet a révolutionné nos vies et évidemment notre manière de faire la fête et nos interactions sociales ! Tout va plus vite et parfois beaucoup trop. Mais l'avantage de toutes ces évolutions est de pouvoir diffuser plus vite sa musique et d'être connecté au monde entier !

Cette crise m'a plongé dans une profonde dépression. Je suis privé de mon métier depuis plus de 9 mois. C'est une souffrance quotidienne. 

Tu es passé par toutes les étapes dans ta carrière de DJ, de résident à guest international, en passant par la case promoteur et D.A. Avec le recul, qu’est-ce qui t’a procuré le plus de satisfaction ? 

Toutes ces expériences m'ont construit, ont fait ce que je suis aujourd'hui ! Mais je crois que je suis encore tout cela aujourd'hui, à des échelles d'implication plus ou moins importantes que par le passé ! Je suis DJ producteur avant tout, mais également résident de plusieurs clubs en France : Magazine à Lille, 1988 Live Club à Rennes... Je continue à faire la direction artistique pour quelques événements / festivals et certains clubs. C'est un certain équilibre que je trouve en faisant tout cela. Je suis autant excité de faire la prog d'un évènement que de produire un nouvel EP et d'aller jouer aux 4 coins du monde !

En studio, tu as aussi fait beaucoup de choses, avec une sincérité forte à la culture Techno de tes débuts. Est-ce que tu revendiques le fait d’être resté un artiste underground ? 

Je suis d'abord un DJ avant d'être un producteur ! J'ai commencé la production sur le tard ! Même si dès le début de ma carrière, je faisais déjà des choses mais sans but précis. Je bidouillais, j'apprenais. Mais depuis 5 ans ,je m'y suis mis à fond car être seulement DJ ne suffisait plus ! Je devais et j'avais vraiment besoin de jouer ma propre musique et la faire connaître. En 4 ans, j'ai sorti beaucoup de maxis, surtout avec le label A-Traction (label dijonnais) sur lequel mon titre "Techno Therapy" a connu un gros succès, et cela m'a permis de signer sur des labels étrangers comme Variance, Stay Up Forever, Carbone Records... Je produis une Techno brute de décoffrage, sans concessions, à l'image de mes DJ sets ! Je ne sais pas si je suis underground et je ne sais même pas si ce mot a aujourd'hui un réel sens, mais une chose est sûre, tout ce que j'entreprends, c'est avec une démarche authentique que je puise dans mes racines.

Le streaming et le marketing digital sont-ils selon toi compatibles avec l’underground ?

Oui ! Je produis de la musique dure rapide, je joue des sets qui tabassent et je suis content de pouvoir faire découvrir tout cela partout dans le monde à des milliers de gens sans barrière, sans frontière ! Sans le digital, cela serait impossible ! Je suis très actif sur les réseaux sociaux, ce sont des outils indispensables pour communiquer sur mon travail mais aussi pour dire qui je suis, ce que je fais et surtout ce que je pense, sans filtre !

Sans public face à nous tous les week-ends, notre métier d'artiste n'est plus !

Tu as toujours été engagé pour la promotion et l’essor culturel des musiques électroniques en France… Alors quand tu entends la ministre de la culture, en temps de crise, mettre de côté les clubs (et donc beaucoup de DJs et genres musicaux au passage), comment te sens-tu ?

Depuis le début de cette crise, je suis hyper engagé ! Je suis à l'origine d'une pétition qui a recueilli des milliers de signatures, également à l'origine, avec d'autres confrères, d'une tribune publiée par de gros médias français ! Roselyne Bachelot a tenu des propos révoltants et inacceptables. Elle est déconnectée de la réalité du terrain culturel, la musique électronique est pour elle une sorte d'ovni dans le paysage musical français... Je suis très en colère et je ne suis pas le seul ! Depuis quelques semaines j'ai regroupé les 30 plus gros clubs français au sein d'un groupe de travail avec lequel nous allons mener des actions fortes et rapides ! Nous allons demander la reconnaissance de ces lieux comme étant des acteurs culturels au même titre que les SMAC et autres endroits qui dépendent du giron du ministère de la Culture ! Ce combat ne s'arrêtera pas aux clubs mais visera à obtenir un réel statut du DJ en France. Même si des progrès ont déjà été faits ces dernières années, nous devons aller beaucoup plus loin !

Qu'est-ce que cette crise du Covid t’a enseignée en tant qu’artiste ?

Que sans public face à nous tous les week-ends, notre métier d'artiste n'est plus. Cette crise est une sorte de punition envers le monde culturel dans son ensemble. Personnellement, cette crise m'a plongé dans une profonde dépression. Je suis privé de mon métier depuis plus de 9 mois. C'est une souffrance quotidienne.

Est-ce qu'elle a failli te conduire à une reconversion forcée ?

Oui, j'ai cherché d'autres possibilités de gagner ma vie, dans la restauration notamment, mais ce corps de métiers est tellement impacté aussi que rien n'a abouti... J'ai la chance d'être très soutenu par mes amis proches et une partie de ma famille. Je les en remercie encore et encore. C'est grâce à eux que je tiens !

Pour célébrer ton quart de siècle d’activisme, tu proposes un live stream vidéo le mercredi 9 décembre à 20h. À quoi pouvons-nous nous attendre, en quoi va-t-il se distinguer de la masse de live vidéo mis en ligne depuis ces derniers mois ? 

Je devais célébrer mes 25 ans de carrière sur scène, partout en France et en Europe, 25 dates annulées... C'était très symbolique et cela devait être une série de belles fêtes. Pendant plusieurs semaines, ça a été très dur à encaisser. Alors je me suis dit non, je ne peux pas ne rien faire ! Ce n'est pas dans mon ADN de ne pas aller au combat et trouver une manière de fêter cela ! Je me suis donc mis au travail pour imaginer comment réaliser cela, et le streaming étant la seule solution, j'ai mobilisé une équipe autour de mon projet ; on a tourné un set d'une heure dans des conditions techniques et au sein d'un lieu incroyable ! ProDjekt a fait une installation light et son digne d'un concert, Monsieur Nuage a conçu des images spécifiques pour l'événement, diffusées sur un écran LED, Monkey's Live a assuré une captation avec de gros moyens vidéo... Tout cela dans un lieu (prêté par la ville de Douai) classé monument historique, qui donne un cachet majestueux ! J'ai joué un set avec 90% d'exclusivités, des tracks d'amis DJ et beaucoup des miens, pas encore sortis.

Comment imagines-tu 2021, année post-Covid… Penses-tu que nous retrouverons notre liberté de danser ?

Je l'espère bien meilleure, car 2020 restera une année catastrophique. Avec l'arrivée de plusieurs vaccins, je pense et je souhaite que la situation va vite se débloquer ! Oui, bientôt nous danserons à nouveau ! On fera la fête / la "bamboche" encore plus fort !

 

Live stream ce mercredi 9 décembre 2020 à 20h, à suivre sur ce lien  

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