D’Amelie Lens à M83, en passant par Fakear, Pegassi ou encore Dizzee Rascal, tour d’horizon des sorties électroniques marquantes de la semaine.
De l’album tant attendu d’Amelie Lens à la nouvelle direction bass music de Fakear, en passant par le retour de M83 et celui, inattendu, de Dizzee Rascal vers le dancefloor, cette semaine a été particulièrement dense. Voici les sorties qui ont fait vibrer les platines de DJ Mag France.
Amelie Lens – Aura
Dix ans de carrière et il aura fallu attendre 2026 pour voir Amelie Lens sortir son premier album. Aura raconte tout : les débuts dans des clubs minuscules, les nuits à rouler pour rejoindre le prochain gig, la maternité, la construction de son label EXHALE. Elle le dit elle-même, elle voulait un disque à la fois lourd et joueur, des morceaux taillés pour les plus gros festivals et d’autres pensés pour les 4h du matin au RSO. C’est la version la plus honnête d’elle-même qu’elle ait jamais partagée, et ça s’entend du premier titre au dernier.
Carlita – « One More Dance »
Carlita annonce Telepathy, son deuxième album (6 novembre, Ninja Tune), avec ce nouveau titre en compagnie de Stevie Appleton. Elle décrit son disque comme l’histoire de tout ce qui ne se dit jamais à voix haute : le fil invisible entre deux amoureux, entre quelqu’un et son passé, entre soi et le reste du monde. Un disque féminin, groovy, qui bouge une salle sur l’instant puis reste accroché à vous bien après, quelque part entre le disque pop et la nuit passée à danser dans un sous-sol enfumé. La pochette a par ailleurs été shootée par Rafael Pavarotti… un petit photographe qui a signé des images pour Madonna et Charli XCX, rien que ça.
Notre coup de coeur : corto.alto — « Some Small Fortune »
Après un premier album déjà repéré au Mercury Prize, Liam Shortall alias corto.alto sort ce troisième disque qui le montre à son plus expansif et imprévisible. Le Glaswégien y assemble le casting de featurings le plus large de sa carrière : Mick Jenkins, Jacob Alon, anaiis, BINA. ou encore Oscar Jerome, tout en gardant son groupe fétiche autour de lui. Jazz, hip-hop, dub et pop indie s’y mélangent sans complexe, portés par le trombone si reconnaissable de Shortall. Le disque se referme sur « NOBLEHILL » avec Jacob Alon, morceau le plus habité de l’album, où la voix prend le dessus sur les cuivres pour raconter un attachement qui ne veut pas s’effacer.
Dizzee Rascal – We Want Bass
Le titre de l’album, c’est carrément le public qui l’a trouvé. « C’est un chant qui vient de la foule à mes concerts, lancé par les fans, et j’ai fini par l’emmener partout dans le monde », raconte Dizzee Rascal à UKF. Son neuvième album, pensé avec White N3rd et Big Harry, glisse naturellement vers le dancefloor, porté par une énergie que l’ancien pionnier du grime dit avoir adorée en studio. « J’ai vraiment aimé tester ce disque, capote baissée par une journée ensoleillée, il a été fait pour l’été. » Un disque qui sonne exactement comme cette phrase le laisse deviner.
Fakear – A Nice Place to Be
Théo, alias Fakear, traîne depuis plus de dix ans cette étiquette du « mec qui fait piou-piou sur une machine en live », et ce huitième album vient enfin faire éclater la case. Direction la bass music, dans la lignée du renouveau porté par Fred again.. ou Four Tet. Le disque ouvre sur « blue (i’m happy now) », où il annonce d’entrée qu’il va bien, avant de balancer des beats à 140 sur « those trees » qui ne laissent pas le temps de souffler. Entre moments de club et virées en downtempo façon « sage and lavender », on a dansé, on a souri, et on a trouvé notre nice place to be.
Fjaak – « Serotonin »
Les frères de Fjaak reviennent sur leur propre label avec FJAAK 015, quatre titres qui sonnent exactement comme on les attend d’eux : bruts, analogiques, sans détour. « Serotonin » ouvre le bal avec des drums qui claquent, des hi-hats ultra précis et un low end qui gronde en permanence, pensé littéralement pour les salles sombres et les systèmes son costauds. C’est cette texture matérielle, presque tactile, qui a toujours fait la différence chez Fjaak, et qui continue ici de les séparer du reste de la scène techno berlinoise.
HAAi – « I Wanna Feel Like Someone »
HAAi prolonge l’histoire commencée sur HUMANiSE avec ce nouvel extrait de DIGITiSE (9 octobre). Le disque parle de ce que veut dire rester humain dans un monde qui tourne de plus en plus vite grâce à l’IA, et propose son propre antidote : la communauté, le dancefloor, cette sensation de faire corps avec une foule. James Massiah pose sa voix sur ce titre pensé pour ses sets qui durent toute la nuit, aux côtés d’un casting qui va d’Echonomist à un chœur d’enfants colombien. Dix titres qui prennent la main de HUMANiSE pour l’emmener directement en club.
L’artiste à suivre : Jennifur – « In The Sun »
Le prochain album de Jennifur MAZDA (1er octobre, Off Corner Records) tire son nom d’une playlist que son frère avait faite à partir de la voiture familiale, remplie des chansons que leur père passait pendant les longs trajets. Cette simple idée devient l’ossature émotionnelle de tout l’opus, qui parle de ces moments où on se sent en transit, coincé entre des lieux, des souvenirs et différentes versions de soi-même. « In The Sun » en est l’un des sommets émotionnels, guitares amples et écriture la plus large que Jennifur ait jamais tentée, entre intimité et production électronique grand format.
Hellcat Speedracer – forever never here.
Cinq titres qui racontent un état d’esprit plus qu’un simple EP, celui d’une vingtaine d’années qui touche à sa fin sans qu’on sache vraiment où on en est. « On a inventé cette phrase pour donner un sens au mode de vie qu’on avait dans nos vingt ans, en allant vers la trentaine », expliquent Hellcat Speedracer, comme une sorte de « hangxiety » permanente après une trop grosse soirée. Écrit entre le Royaume-Uni et l’Australie, le disque part de l’euphorie d’« Ultraviolet », traverse l’émotion progressive de « Minutes Of You », avant de refermer la boucle sur « Back To Life » avec KOATES.
M83 – « Blister Sunrise »
Un dixième album, c’est souvent l’occasion de remettre les compteurs à zéro, et c’est exactement ce que fait M83 avec I Wrote You A Letter (24 septembre). Ceux qui suivent le groupe depuis ses débuts reconnaîtront immédiatement les échos de ses années de formation, comme une résurgence de mémoire. Pour ce disque, Anthony Gonzalez a renoué avec Benoît de Villeneuve, déjà présent sur le toujours magnifique « Dead Cities, Red Seas & Lost Ghosts », devenu depuis membre de Team Ghost. Une vraie boucle qui se referme, presque vingt ans après.
Pegassi – Ascension EP
Quatorze ans de travail, deux ans à jouer ce titre en festival avant de le fixer sur disque : Ascension n’arrive pas par hasard. Quatre morceaux qui vont de l’euphorie pure à quelque chose de beaucoup plus intime, avec « Forest Walk » et son kick légèrement saturé, « Twinflame » et son énergie de road trip d’été, et « Circles », où Pegassi pose lui-même sa voix pour seulement la deuxième fois de sa carrière. « Chaque titre veut dire quelque chose de différent pour moi », confie-t-il. Un vrai aboutissement, pas juste un EP de plus.





