John Law, cofondateur de Burning Man, dénonce un « Disneyland » réservé aux plus riches, et un basculement loin de son héritage anarchiste.
Burning Man fête cette année sa 40ᵉ édition dans le désert du Black Rock, mais l’un de ses pères fondateurs n’a visiblement pas grand-chose à célébrer. Dans une tribune publiée le 29 août dans le San Francisco Standard, John Law, qui a cocréé l’événement en 1990 avant de le quitter en 1996, dresse le portrait d’un festival qu’il ne reconnaît plus.
Son texte s’ouvre sur un aveu : celui d’avoir longtemps préféré se taire sur le sujet, avant de céder aux questions répétées de son entourage. Le constat qu’il livre est sans détour, celui d’un événement transformé en produit de consommation pour une clientèle aisée, entouré d’une rhétorique artistique et philosophique qui masquerait, selon lui, sa véritable nature actuelle.
Un « Disneyland pour les gens aisés »
Ce qui frappe surtout Law, c’est la matérialisation très concrète de cette dérive : des campings haut de gamme avec chef privé et styliste sur place, des arrivées en jet privé, une semaine pensée comme une parenthèse hors du réel pour qui peut se le permettre financièrement. Rien à voir, souligne-t-il, avec les origines du festival, héritées de collectifs artistiques et anarchistes comme la Cacophony Society, à une époque où l’événement rassemblait à peine 70 personnes en sac de couchage dans le désert.
L’essor d’Internet a, selon lui, servi de rampe de lancement à cette transformation : le nombre de participants grimpe à 25 000 dès 1999, avant que la Silicon Valley n’en fasse progressivement son terrain de jeu. Law cite sans détour plusieurs figures emblématiques de la tech ayant fréquenté l’événement au fil des années, parmi lesquelles Elon Musk, Mark Zuckerberg, Jeff Bezos, Sergey Brin et Larry Page. À ses yeux, ce qui devait rester une expédition marginale et bizarre est devenu un passage quasi obligé pour l’élite économique montante.
Loin de ses racines
Cette sortie a trouvé un écho immédiat auprès des habitués du festival. Sur Reddit, certains comparent désormais l’expérience à un « Coachella avec plus de poussière et un ticket d’entrée plus cher », où la recherche du cliché parfait pour les réseaux sociaux aurait remplacé l’envie de se perdre réellement dans l’événement. D’autres résument la contradiction en deux mots : de l' »anarchie performative ».
Le timing de cette tribune n’est pas neutre. Le festival, qui accueille environ 70 000 personnes cette année, traverse une période particulièrement mouvementée : nouveau système de billetterie par paliers jugé opaque depuis 2025, retards liés à des tempêtes de sable, et plusieurs incidents graves lors de récentes éditions, dont une enquête pour homicide ouverte l’an dernier après la mort d’un participant. HBO Max a d’ailleurs consacré à cette trajectoire mouvementée une série documentaire en quatre épisodes, The Man Will Burn, diffusée plus tôt cette année.





