De la techno modulaire de Chris Liebing à l’émotion brute de Sofia Kourtesis, tour d’horizon des sorties électro essentielles de ce vendredi 27 mars 2026.
C’est un vendredi 27 mars 2026 qui ressemble à un grand carrefour pour la scène électronique. Entre les vétérans qui s’offrent une cure de jouvence et les nouveaux visages qui bousculent les formats, la sélection de la semaine évite heureusement le pilotage automatique. Voici notre sélection des sorties à ne pas rater.
Chris Liebing — Evolver [CLR]
Cela faisait une éternité qu’on attendait un véritable long-format solo de l’Allemand sur son propre label. Evolver n’est pas le disque de gros bras qu’on aurait pu craindre. Liebing s’entoure d’un casting cinq étoiles — de Luke Slater à Charlotte de Witte en passant par Daniel Miller — pour livrer une techno modulaire plus granuleuse qu’à l’accoutumée. L’influence d’Anton Corbijn à la photo et du Studio Bergfors au design donne au projet une patine « objet d’art » qui colle bien au son. C’est du travail de studio méticuleux, sombre et texturé, qui s’apprécie autant au casque que sur un soundsystem exigeant.
Corine & HabibiSly — Piano Oriental & Disco [French Parade]
Le mélange pourrait paraître improbable, mais la rencontre entre le piano oriental de HabibiSly et la disco flamboyante de Corine fonctionne à merveille. Cet EP est un pont jeté entre Orient et Occident, porté par les voix hypnotiques de Lynn Adib et Hareth Mhedi. C’est de l’italo-disco incandescente qui se frotte à des mélodies arabisantes pour un résultat solaire et fédérateur. Loin d’être un simple gadget « world music », c’est un vrai manifeste pour la danse comme outil de dialogue. Un disque rafraîchissant, festif et audacieux qui tombe pile pour les premiers beaux jours de mars.
DJ Nobu — Shō [fabric Originals]
Le maître japonais Nobu revient sur fabric Originals avec un EP en cinq étapes, calqué sur les quatre « états sublimes » du bouddhisme. Shō est une musique de la respiration. L’influence du film Perfect Days de Wim Wenders transparaît dans cette techno introspective, presque humble, qui capture le pouls de Tokyo sans l’agressivité habituelle. On passe de la joie de la renaissance à la clarté d’un esprit apaisé. C’est de l’électronique de haute précision qui s’adresse autant au mental qu’au corps, idéale pour les moments où l’on cherche une transcendance loin de l’hystérie des dancefloors.
Fcukers — Ö [Ninja Tune]
On attendait au tournant le trio new-yorkais après l’énorme buzz de ces derniers mois. Ö est une capsule de sueur pure, enregistrée en deux semaines avec Kenny Beats. C’est de l’énergie brute, une house musclée infusée par l’irrévérence de Dylan Brady (100 Gecs). Le mix de Tom Norris est impeccable, mais parlons des choses qui fâchent : 28 minutes pour un « album », c’est franchement léger. On a l’impression d’un EP gonflé aux hormones plutôt que d’un véritable manifeste. C’est jouissif, ça donne envie de retourner le premier bar venu, mais la frustration l’emporte sur la durée. On en voulait plus.
Jen Cardini — petit monstre [SMIILE RECORDS]
Voir Jen Cardini revenir en solo avec petit monstre pour lancer SMIILEWAX est une excellente nouvelle. Ce vinyle trois titres est un manifeste de sa vision du club : stripped-back, percutant et sans fioritures. La version originale est un rouleau compresseur rythmique, tandis que le mix « on acid » nous replonge dans l’acidité brute de ses débuts, mais avec une finition très 2026. C’est ludique, irrévérencieux et terriblement efficace. Cardini prouve qu’elle reste cette « petite perturbatrice » essentielle, capable de marier l’héritage de New York à la modernité des clubs européens.
Molecule — A:R [Lumière Noire]
Habitué aux environnements extrêmes, Molécule se pose entre Paris et Cancale pour A:R, son premier EP chez Lumière Noire. Le Français délaisse ici le conceptuel pur pour une production plus tactile et analogique. On y retrouve sa fascination pour les textures naturelles, mais le résultat est plus proche du club que ses précédentes expéditions. C’est une électronique immersive qui mise sur l’atmosphère et la résonance émotionnelle. On sent le vent et le sel dans ces cinq titres qui évitent les clichés du genre. Un disque qui respire, parfaitement à sa place dans le catalogue curaté par Chloé.
Nene H — Second Skin [UMAY]
Nene H signe avec Second Skin son œuvre la plus personnelle, un journal de bord de l’émancipation post-rupture. L’artiste berlinoise délaisse le deuil de son précédent opus pour une exploration de l’identité, où les motifs sud-ouest asiatiques s’entrechoquent avec du trap, de la house et du deconstructed club. L’équilibre est audacieux : quatre morceaux fracturés répondent à quatre titres 4/4 plus directs. C’est une mue sonore fascinante, où les voix apparaissent et disparaissent comme des souvenirs. Un disque de guérison, radical et honnête, qui confirme que Nene H est l’une des têtes chercheuses les plus libres de Berlin.
Polygonia — Ceaseless Motion [Timedance]
Lindsey Wang confirme son ascension fulgurante avec cet EP sur Timedance. Avec Ceaseless Motion, elle transforme la techno en un écosystème organique et grouillant. Ses quatre pistes sont des structures de pression pure, où des percussions agitées rencontrent une psychédélie très « terreuse ». On n’est pas ici dans la démonstration de force, mais dans un sound-design immersif qui happe l’auditeur. C’est à la fois ritualiste et très futuriste, avec une attention portée au détail qui laisse pantois. Polygonia prouve qu’elle maîtrise l’art de faire danser tout en créant des paysages mentaux complexes.
Sultan + Shepard — Communicate+ [This Never Happened]
Le duo Sultan + Shepard continue de creuser son sillon progressif avec cet EP né de leur dernière tournée. On y retrouve leur patte mélodique, mais avec une énergie plus franchement tournée vers le dancefloor, piochant dans la tribal house et la house classique. C’est la BO idéale pour un trajet sur la Pacific Coast Highway au coucher du soleil : c’est bien produit, c’est chaud, c’est efficace. On reste toutefois dans une zone très confortable pour le duo. On ne révolutionne rien ici, mais l’exécution est si maîtrisée qu’on se laisse volontiers porter par ce groove mélancolique et ensoleillé.
Sofia Kourtesis — DJ-Kicks [!K7]
La Péruvienne livre pour !K7 l’un des volets les plus émouvants de la série. Conçu dans la douleur après la perte de sa mère, ce mix est une véritable traversée émotionnelle entre Lima et Berlin. Kourtesis mélange house, electro-pop et techno mélodique avec une sincérité désarmante. Elle ne cherche pas à impressionner techniquement, mais à raconter une histoire de deuil et de renaissance. C’est un mix « chaleureux et bizarre », plein de virages inattendus, qui prouve que la musique est avant tout une affaire de tripes. Une sélection qui donne la chair de poule là où on l’attend le moins.
Les artistes à suivre
Clément Matrat — HAAR [AMD]
Pour son premier album, Clément Matrat s’inspire du brouillard marin écossais pour livrer HAAR. C’est un projet atmosphérique qui agit comme une respiration dans la saturation sonore actuelle. Matrat réussit à incarner cette sensation de flou et d’incertitude à travers des textures éthérées et une mélancolie discrète. C’est une pièce de design sonore d’une grande beauté, qui évite l’ambient décorative pour proposer une vraie narration. Une jolie claque pour ce jeune producteur qui signe ici un disque poétique et hors du temps. Une révélation qui fait un bien fou à l’écoute.
Tom Place & Hedchef — Dynamic Halogen Strength [Hedplace Synthetics]
On change radicalement d’ambiance avec la sortie coordonnée de HEDPLACE SYNTHETICS, INC. Tom Place et Hedchef livrent quatre « composés » sonores agressifs et bruyants. Le concept est quasi-industriel : on nous prévient que les émissions sonores sont incontrôlables et qu’il faut céder aux mouvements erratiques. C’est rugueux, instable et volontairement perturbant. Un projet qui se moque des codes du beau son pour privilégier l’impact et la friction. Si vous cherchez de la douceur, passez votre chemin. Ici, l’électronique est envisagée comme une matière chimique volatile et dangereuse.
Autres sorties notables
- CandA, Carlita – « Quédate »
- Chris Stussy – « Believe In Yourself »
- Grand V – « Chop n Lead »
- HUGEL, French Montana, Max B – « One Night »
- Kichta – « Dreams »
- Marlon Hoffstadt – « Breathe »
- Mike Posner, David Guetta – « I Went Back To Ibiza »
- Nicole Moudaber – « Twisting My Mind »
- Skrillex, Young Miko – « Duro »
- Soulwax – « Perfect We Are Not »
- Timmy Trumpet, Oaks – « Not A Place »
- UFO95 – « Drone »
- Vitess – « No Time No Sound »



