Deux tiers des festivals français sont en déficit selon une étude du CNM. Crédit : Illustration Simon Boxus / Unsplash
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Festivals : quatre entreprises contrôleraient désormais la majorité du marché européen

Publié le 9 février 2026

Une étude révèle un monopole des festivals en Europe : quatre multinationales contrôlent plus de 150 événements. Une menace pour l’indépendance.

Le constat était latent, il est désormais chiffré. Une étude publiée par Live DMA et le réseau Reset! vient de mettre des noms et des montants sur la concentration des festivals en Europe, un phénomène qui transforme radicalement l’industrie du live. La mainmise de quatre multinationales sur le secteur n’est plus une simple théorie, mais une réalité qui menace l’indépendance des scènes locales. Le paysage n’est plus une mosaïque d’indépendants, mais un terrain de jeu partagé par Live Nation, AEG, CTS Eventim et Superstruct Entertainment.

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L’enquête, intitulée « Who Owns Europe’s Live Music Spaces? », détaille comment plus de 150 rendez-vous majeurs du continent sont passés sous le giron de ces structures. On ne parle plus ici de mécénat culturel, mais d’une logique industrielle implacable. Live Nation, le leader américain, pèse à lui seul 120 filiales en Europe avec un chiffre d’affaires qui frôlait les 17 milliards de dollars en 2022. Juste derrière, CTS Eventim affiche des ventes dépassant les 2 milliards dans une vingtaine de pays.

Investissements controversés

Le cas de Superstruct Entertainment est sans doute le plus symptomatique de cette dérive financière. Passé sous le contrôle du fonds d’investissement KKR en 2024, le groupe gère aujourd’hui plus de 80 festivals, incluant des mastodontes comme le Sónar ou elrow. L’étude souligne que ce rachat pose des questions qui dépassent largement le cadre de la musique : KKR est régulièrement pointé du doigt pour ses participations dans l’industrie de l’armement ou des infrastructures pétrolières controversées. Pour le public, la pilule est difficile à avaler : l’argent des billets finance indirectement des secteurs à l’opposé des valeurs affichées par les festivals.

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Cette mainmise ne se limite pas aux comptes en banque ; elle dicte ce que l’on entend sur scène. En contrôlant à la fois les salles, les festivals et les plateformes de billetterie, ces acteurs imposent une « intégration verticale » qui étouffe la concurrence. Emma Rafowicz, vice-présidente de la commission de la culture au Parlement européen, est formelle : cette situation « menace la diversité culturelle et l’indépendance des artistes et des producteurs ». Le risque est celui d’une uniformisation globale où les têtes d’affiche tournent d’un événement à l’autre selon des accords d’exclusivité, rendant les petits organisateurs locaux totalement invisibles.

Régulation du marché

Face à ce rouleau compresseur, le rapport préconise une réaction politique forte. Il devient urgent de « limiter l’intégration verticale, séparer les activités tout au long de la chaîne de valeur et restreindre la propriété de plusieurs événements par un seul opérateur ». Sans régulation, le secteur risque de voir ses derniers bastions indépendants rachetés ou asphyxiés par ces fonds de pension et holdings. L’enjeu est clair : éviter que la culture club et festivalière ne devienne un simple produit financier standardisé, déconnecté de son territoire et de ses racines.

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